« 12 septembre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16324, f. 248-249], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11082, page consultée le 24 janvier 2026.
Aux Metz, samedi matin [12 septembre 1835], 8 h. ½
Bonjour, mon cher petit Toto, bonjour, mon bien-aimé, bonjour, tout ce que j’aime
le
plus au monde. Suis-je assez malheureuse, le jour où je pouvais aller au devant de
toi
il fait un temps à ne pas mettre une amante à la porte. Pour
peu que ce temps-là continue, nous aurons fait une jolie spéculation en venant à la
campagne. Ne pas nous voir, souffrir
beaucoup, voilà pour nous. Quanta à moi, j’ajouterai à ce bénéfice beaucoup de
jalousie et d’ennui, plus le bois que je brûle, etc., etc., etc. C’est vraiment
bien charmant.
Je te remercie bien, mon bon petit Toto, d’être venu me voir hier
au soir. Je n’ai pas eu le temps de te laisser voir toute ma joie, tout mon bonheur,
tu étais déjà reparti. Mais n’importe. Dans le chagrin de te voir partib aussitôt arrivé, il y avait bien du
bonheur de t’avoir vu. Pauvre ange, j’espère que tu ne te seras pas trouvé mal de
cette course forcée et que je n’aurai pas de remords de ma joie. Tu as vu, mon pauvre
ange, que je ne te quittais pas, au moins de la pensée. C’est comme cela que je fais
tous les jours et à tous les instants de ma vie. Les convenances
rigoureuses ne sont pas toujours observées mais que m’importe les convenances
quand il s’agit de bonheur. D’ailleurs, MOLIÈRE lui-même
s’affranchissait de ces convenances. Je ne vois pas pourquoi JUJU ne suivrait pas son exemple.
Je n’ai pas encore pu envoyer à la
poste. Je suis bien malheureuse. J’ai tant besoin de quelque chose de toi. Je t’aime,
je t’adore, je t’attends.
Juliette
Il fait un fameux temps pour dormir. Si le cœur t’en disait, j’ai un petit lit charmant que je t’offre.
a « quand ».
b « partie ».
« 12 septembre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16324, f. 250-251], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11082, page consultée le 24 janvier 2026.
Aux Metz, samedi soir [12 septembre 1835], 7 h. ½
Pauvre cher bijoua, vous êtes parti
par un bien vilain temps, heureusement qu’il n’a pas continué pendant tout votre
voyage. Lorsqueb vous vous en
alliez sans regret de me quitter, moi, je vous suivais de l’âme et des yeux ; pendant
bien longtemps, votre chapeau m’a servi de perspective sans que vous vous en soyez
douté. Vous avez été bien méchant et bien bon tantôt, mais le bon l’emportant sur
le
méchant, je vous pardonne.
Quel temps, quel temps, mon Dieu ! On dirait la fin
du monde. L’eau tombe par torrents et le vent semble s’être donné pour tâche de
déraciner tous les arbres. Je ne sais pas si mes pressentiments me trompent mais je
ne
pense pas avoir le bonheur de vous voir ce soir et mon talisman sera obligé de me servir deux nuits de suite à mon grand regret.
Pourvu qu’il ne fasse pas ce temps-là demain pour que je puisse aller au devant
de vous. J’ai toujours peur que cette maudite pluie n’efface bien des heures de notre
bonheur. Voilà pourquoi je regrettais tantôt le séjour de Paris parce que là du moins
on est à l’abri de tous les mauvais temps. Tout cela prouve que je vous aime, que
je
ne peux pas vivre sans vous.
Juliette
Le temps se calme un peu, peut-être viendras-tu, oh, je serais bien heureuse si cela était.
a « bijoux ».
b « lorsque que ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle regrette de ne pas jouer le rôle de la courtisane Tisbe, où elle se reconnaît, dans Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, mais se voit célébrée dans plusieurs poèmes du recueil Les Chants du crépuscule.
- 28 avrilPremière d’Angelo tyran de Padoue.
- 25 juillet-22 aoûtVoyage avec Hugo en Normandie et en Picardie.
- 9 septembre-13 octobreTandis que Hugo séjourne aux Roches, chez les Bertin (du 10 septembre au 12 octobre), Juliette habite encore la petite maison des Metz.
- 17 octobreLes Chants du crépuscule.
- 15 novembreNaissance de (Jean-)Louis et Michel-Ernest Koch, neveux de Juliette Drouet.
