24 avril 1853

« 24 avril 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16373, f. 417-418], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d21515e1639, page consultée le 01 mai 2026.

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Bonjour, mon cher petit Toto, bonjour mon doux adoré, bonjour, ne te réveille pas, je t’aime, je veux que tu dormes pour réparer tes forces et pour éterniser ta jeunesse et ta beauté ! Quant à moi, j’ai bien assez à faire pour te défendre en rêve contre les persécutions du Bonaparte. Témoin cette nuit pendant laquelle j’ai fait des efforts surhumains pour t’empêcher d’être pris par les gendarmes qui te poursuivaient. Enfin je n’ai rien trouvé de mieux que de te cacher dans les cachots de Vincennes, espérant, avec quelque raison, qu’on n’irait pas te chercher là. Telle a été mon occupation toute la nuit et je t’assure que j’avais fort à faire. Ce que j’ai dépensé de courage, de sollicitude, de présence d’esprit, d’amour et d’âme pendant tout ce long rêve servirait à remplir toute une vie ordinaire de femme. Quant à moi, mon adoré, l’éternité ne suffirait pas pour épuiser mon dévouement et mon adoration dans les plus dures et les plus terribles épreuves réelles. Cher bien-aimé, quel beau spectacle nous avons eu hier pendant deux heures dans cette grande marée secouée par ce grand vent et attirée par la grande lune, car c’était hier pleine lune. Jamais je n’oublierai ces deux heures devenues, à force d’amour, d’admiration et de bonheur, aussi immensesa dans ma vie que l’horizon infini et tumultueux que nous avions devant les yeux. Merci, mon adoré bien-aimé, merci de cette nouvelle joie, merci de ce grand souvenir que tu m’as donnés hier, merci. Je te donne mon âme en échange.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « immense ».


« 24 avril 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16373, f. 419-420], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d21515e1639, page consultée le 01 mai 2026.

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Tu as emporté avec toi, le soleil, la joie et le bonheur, mon trop adoré, aussi il fait sombre et froid dans ma chambre et dans mon cœur. Dépêche-toi de me rapporter tout cela sans lequela la vie n’est qu’une affreuse mystification et de très peu préférable à la mort. En attendant, j’ai bien envie de me faire allumer du feu par [Mairet ?], ce sera une espèce de chaleur d’attente jusqu’au moment où vous me rapporterez la vraie.

Dites donc et mes chapeaux ? Si vous croyez que je vous les payerai rubis sur l’ongle, après que vous les aurez bien fanés et prêtés à tout le monde [PLUS ?] souvent ! Pas si bête. Ça vous apprendra à ne pas saisir l’occasion au VOL, car c’en était un véritable que de me soutirer 4 F. pour deux méchants chapeaux qui ne valent pas trois francs l’un dans l’autre, y compris la coiffe. Taisez-vous, vilain monstre, et montrez-moi votre réponse à Mme Coletb1 et aux autres bas plus ou moins chines et échines avec lesquelsc vous êtes en correspondance. Je vous en défie car vous êtes à mon égard encore plus couard que Ponto devant la petite poule en colère. Taisez-vous et montrez votre courage si vous en avez. Je vous attends sur mes ergots.

Juliette


Notes

1 Amie de Victor Hugo, Louise Colet, poétesse et femme de lettres, fut la maîtresse de Flaubert.

Notes manuscriptologiques

a « laquelle ».

b « Collet ».

c « lesquelles ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.

  • 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
  • 21 novembreChâtiments.