« 15 mars 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16326, f. 191-192], transcr. André Maget, rév. Guy Rosa , in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.733, page consultée le 24 janvier 2026.
15 mars [1836], mardi matin, 8 h.
Bonjour, vilain petit homme, vous m’avez fait beaucoup de chagrin ce matin, en
dédaignant de prendre le fond de la petite boîte. Il paraît
que vous en aviez déjà trop de trois puisque vous avez oublié la quatrième. Cependant
celle-là était la meilleure et la plus tendre. Car je m’étais levée une heure plus
tôt
pour pouvoir vous l’écrire et cependant j’étais bien malade et bien fatiguée. Vous
devez sentir la peine que cela m’a fait en la retrouvant à la place où je l’avais
mise
pour vous. Non pas que je croie que vous vous donnez la peine de lire mes lettres,
mais il est dur et affligeant de savoir que vous ne vous donnez même pas la peine
de
les ramasser. Mon cher méchant homme, comme je ne peux m’exposer vous et moi à la
même
avanie tous les jours, je ne vous écrirai plus. Sur du papier du moins, car je serai
longtemps avant de perdre l’habitude de ne m’occuper que de vous et de rapporter tout
mon temps et toutes mes actions à vous.
Comme vous ne lirez pas cette lettre
plus que les autres, je vous préviendrai ce soir de ma résolution afin que vous ne
soyez pas surpris en ne trouvant plus mes petits morceaux de papier à leur place.
Je vous aime mon Toto, je vous aime quoi que vous fassiez pour m’en empêcher. Je
vous aime et je souffre en regardant ma petite boîte en
pensant à la répétition d’aujourd’hui.
J.
« 15 mars 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16326, f. 193-194], transcr. André Maget, rév. Guy Rosa , in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.733, page consultée le 24 janvier 2026.
15 mars [1836], mardi soir, 8 h. ¾
Je t’aime mon trop bon Toto, j’ai été bien [gibeuleuse ?] aujourd’hui,
pardonne-moi, car au fond je t’aime de toutes les forces de mon âme.
Je suis
épuisée de fatigue et de mal de tête ce soir. J’ai dîné tant bien que mal avec le
fameux bouillon à la suie. Ces demoiselles prétendent qu’il est meilleur parce qu’il
est AMER. Je voudrais bien que vous ayez le même goût le jour où votre Juju laisse
tomber de la SUIE dans son CARACTÈRE. À propos de caractère, je vais vous dissimuler
cette lettre ce soir et nous verrons si vous vous apercevrez de son absence. Il faut
enfin que vous soyez pris en flagrant délit d’indifférence. Ceci une fois constaté,
je
serai la plus triste et la plus malheureuse des femmes, mais enfin je saurai à quoi
m’en tenir, c’est une consolation.
Savez-vous, mon cher petit Toto, que je vous
aime bien plus que vous ne m’aimez ? Vous êtes plus doux et plus charmant au-dehors,
mais je vaux mieux que vous pour le sentiment. Je vous dis cela en passant.
Venez très tôt parce que j’ai à vous baiser très fort sur votre belle bouche.
J.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
