14 mars 1836

« 14 mars 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16326, f. 187-188], transcr. André Maget, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.732, page consultée le 25 janvier 2026.

Bonjour mon pauvre amour. Qu’est-ce qui vous est donc arrivé que vous n’êtes pas venu me donner un petit bonsoir ? A quoi sert donc le fameux passe-partout ? Pourtant vous savez bien que je suis votre pauvre Juju et que je ne vois que par vos yeux tout ce qui est beau, comme je ne sens que par votre amour tout ce qui est noble, grand et généreux. Pourquoi alors n’êtes-vous pas venu embrasser votre pauvre petite femme et voir votre tant belle CHAMBRE. J’espère vous voir ce matin, c’était si bon de vous voir que je m’abonnerai au déménagement quotidien à cette condition de vous voir tous les jours depuis le matin jusqu’au soir. Je pense que le mauvais temps qu’il fait dehors ne vous empêchera pas de venir. Je vous assure, mon cher petit bien-aimé, qu’il fait très beau au-dedans et que vous ne regretterez pas la peine que vous aurez prise. Mon cher petit Toto adoré, viens bien vite. Rien n’est beau ni bien fait quand tu n’es pas là et puis je ne suis pas heureuse si je n’entends pas ta voix, et si je ne sens pas ton regard au fond de mon cœur. Viens vite, je t’aime.

Juliette


« 14 mars 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16326, f. 189-190], transcr. André Maget, rév. Guy Rosa , in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.732, page consultée le 25 janvier 2026.

Vous êtes un grand homme, vous êtes un grand Toto. La manière dont vous avez arrangé notre chambre ce soir suffirait pour vous fermer l’académie pour le reste de vos jours. Savez-vous une chose ? C’est que je vous aime. Je suis un peu TAOUINÉE1 par la répétition2 de tantôt, mais enfin j’espère que vous aurez été inaccessible à toutes les séductions de ces dames plus ou moins SIRÈNESa.
Je suis très Juju ce soir, et vous, êtes-vous très Toto ? Viendrez-vous t-y très tôt et serez-vous très charmant et très amoureux ??????? et puis encore.
Pour vous contenter je vais faire le rideau tout à l’heure. Vous voyez bien, mon cher petit Toto, que je suis très gentille et que je vous aime de tout mon cœur.
BONJOUR. C’EST FIÈREMENT BEAU CHEZ NOUS. JE M’EN LICHE LES BARBES JUSQU’AUX TALONS.
Je ne crois pas que dorénavant on puisse……… sans bâton3 avec une chambre pareille et un amour à l’avenant.

J.


Notes

1 Le mot est absent du TLF ; Google donne une occurrence, sous la plume de Verlaine, mais dans un contexte qui ne permet pas d’en fixer le sens.

2 Sans doute l’une de celles pour la reprise d’Angelo au Théâtre Français, dont la première est donnée le 26 mars.

3 Quoique l’expression soit amputée de son début, on croit comprendre. Comment Hugo accueillait-il les billets de cette sorte – cette lettre est loin d’être la seule dans ce cas – qui sentent encore un peu la cocotte ?

Notes manuscriptologiques

a « syrènes ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.

  • JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
  • 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
  • 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
  • 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
  • 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
  • 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
  • 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.