« 18 mars 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16326, f. 203-204], transcr. André Maget, rév. Guy Rosa , in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.736, page consultée le 03 mai 2026.
18 mars [1836], vendredi matin, 8 h. ½
Bonjour mon cher adoré, vous voyez bien que vous m’attrapez toujours. Aussi je vous préviens que la première fois que je vous
tiendrai vous ne vous en irez qu’à bonne enseigne. Vous
savez au reste que je suis toujours dans le même état. Je n’augure encore rien de
cette stagnation parce que je crains trop le désappointement. J’attends et voilà tout.
Je vous aime, mon Toto chéri, vous y êtes si habitué maintenant que vous ne vous
donnez même pas la peine de vous en assurer. Ah ! bien, moi,
je vous aime comme si vous étiez le plus amoureux et le plus empressé des hommes.
Il
fait bien beau temps ce matin. Quand je pense que vous allez aller au théâtre, cela
m’afflige et m’inquiète. Je crains tout de l’occasion et des
efforts qu’on ne manquera pas de faire pour vous en faire profiter. Je ne crois pas,
mon pauvre ange, et cela à te parler sérieusement, que je consente de nouveau à te
laisser donner une pièce au théâtre, dans laquelle je n’aurais pas de rôle et où il
y
aurait un rôle de femme quelconque. J’ai trop souffert déjà et je souffre trop encore
pour m’exposer à de nouvelles souffrances.
C’est que je t’aime, vois-tu, je
t’aime de toute mon âme et avec toutes mes forces, et que je suis très jalouse.
Juliette
« 18 mars 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16326, f. 205-206], transcr. André Maget, rév. Guy Rosa , in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.736, page consultée le 03 mai 2026.
18 mars [1836], vendredi soir, 8 h. ½
Mon cher bien-aimé, j’ai été bien triste tantôt, ne m’en veux pas, ce n’est pas ma
faute, c’est que je t’aime. J’étais déjà triste de jalousie lorsque tu es venu me
raconter l’histoire de Dupaty, et de chagrine que j’étais, je suis devenue nerveuse
et
méchante. Mais je t’en demande si bien pardon, mais je t’aime tant, mais je suis si
bonne au fond du cœur, que tu feras bien de ne pas me garder rancune. Je suis très
en
bon état pour tout ce que vous voudrez.
J’ai fait une fameuse DÉBAUCHE ce soir,
j’ai coupé une orange par tranches, j’y ai mis du sucre dessus et puis deux sous
d’eau-de-vie pour sauce. J’aurais voulu que tu voies les lècheries de ces demoiselles. Elles se sont joliment régalées et moi aussi.
Vous voyez bien que je suis très bien préparée pour toutes sortes d’événements. Cher
petit Toto chéri, je t’aime, cher petit ange, j’admire ta patience et ta douceur.
Mon
cher petit amant, je t’adore. Mon grand Toto, je suis à vos pieds.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
