« 12 février 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16354, f. 165-166], transcr. Chadia Messaoudi, rév. Chantal Brière et Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11605, page consultée le 23 janvier 2026.
12 février [1844], lundi matin, 10 h. ½
Bonjour mon petit Toto bien aimé, bonjour mon adoré petit homme chéri, bonjour. Je
baise tes doux yeux et ta ravissante petite bouche. Tu vois que j’ai suivi tes
conseils, ce matin, et que je ne me suis pas levée avec l’aurore. Je l’aurais voulu
que je ne l’aurais pas pu tant j’étais souffrante. J’ai le dedans des mains brûlantes
et un commencement de mal de tête mais j’espère que cela se dissipera dans la journée.
J’ai reçu une lettre de Claire. Elle est
toujours dans le même état à peu près1. Nous verrons à la longue ce que fera le nouveau traitement
qu’elle suit. En attendant, cela retarde et cela nuit à ses études. Cependant son
bulletin cette fois est encore bon mais j’aurais voulu qu’il fût très bon. Il faut savoir se contenter à moins et remercier le bon Dieu de ce
qu’il veut bien nous accorder ce peu-là.
Bonjour mon Toto adoré, bonjour mon
cher bien-aimé, bonjour mon ravissant petit homme. Comment as-tu passé la nuit ? As-tu
pris un peu de repos au moins ? Moi j’ai pensé à toi, toujours en rêve ou éveillée,
ma
pensée ne t’a pas quitté. Je crois que tu auras raison d’avoir avec Charles la
conversation que tu m’as dite hier2. Cela lui
sera très salutaire de toute façon et lui fera voir ses devoirs envers lui-même sous
leur vrai jour. Il est bien malheureux qu’on soit venu troubler ce pauvre enfant dans
le moment où il avait le plus besoin d’application et de tranquillité. C’est une
mauvaise action dans toute l’acception du mot.
J’espère que ce que tu lui diras
lui ouvrira les yeux et lui fera le plus grand bien. Je te désire de toute mon âme
et
puis je te baise de toutes mes forces.
Juliette
1 Claire souffre maux de tête et d’estomac incessants. Un autre médecin lui a ordonné un nouveau traitement.
2 À élucider.
« 12 février 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16354, f. 167-168], transcr. Chadia Messaoudi, rév. Chantal Brière et Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11605, page consultée le 23 janvier 2026.
12 février [1844], lundi soir, 6 h. ¾
Bonjour Toto adoré, c’est-à-dire bonsoir, vu l’heure à
laquelle j’écris ce mot et surtout celle à laquelle tu le liras. J’ai bien peur que
le
travail de ce soir ne cache quelque affreux dîner ou
quelquesa hideuses visites à
des pairs plus ou moins experts dans l’art de vous attirer chez eux ? Votre chemise
blanche de tantôt m’a bien l’air d’abriter une conscience noire comme le C… de votre
chapeau. Toto, prenez garde à vous. Vous savez de quoi je suis capable,
méfiez-vous !
J’ai vu Mlle Féau après vous, qui me rapportait un bonnet plus un
petit vase empire en verre bleub pouvant contenir un bouquet de violettes
qu’elle m’apportera une autre foisc. J’ai dû l’accepter pour ne pas la désobliger. Au reste, il
ne lui coûtait rien, elle venait de le prendre avec trois autres du même genre chez
sa
tante rue Saint-Louis, ancienne fabricante de verres. Ouf ! Quelle explication !
Merci ! J’aime mieux les vôtres quels qu’ilsd soient, fussent-ils brisés, au moins je n’ai pas trois pages
d’impression à écrire pour m’excuser de les avoir acceptés. Toto est bien i, Voime, voime,
surtout quand il m’offre de me faire sortir un quart d’heure en quinze jours de
réclusion forcée. Vraiment les prisonniers du Mont Saint- Michel1
sont des oiseaux en liberté à côté de moi. Aussi vous ai-je refusé avec une noble
indignation. Je suis encore la Juju primitive qui
refusait de mordre dans sa tartine sous prétexte qu’elle n’allait pas depuis ses pieds
jusqu’à sa tête. En fait de bonheur il m’en faut encore plus que ça.
1 Le Mont Saint-Michel, connu dès le Moyen Âge pour être un lieu de détention des victimes de l’arbitraire du roi, devient à proprement parler en 1842 une prison qui accueille bon nombre de prisonniers politiques. Juliette et Hugo avaient visité le Mont Saint-Michel au cours de leur voyage en Normandie, durant l’été 1836.
a « quelleques ».
b « bleue ».
c « autrefois ».
d « quelqu’ils ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
