« 11 février 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16354, f. 161-162], transcr. Chadia Messaoudi, rév. Chantal Brière et Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11604, page consultée le 26 janvier 2026.
11 février [1844], dimanche matin, 11 h.
Bonjour, mon petit Toto bien aimé. Bonjour mon adoré petit homme. Bonjour, bonjour,
je vous aime. Vous devez le savoir depuis le temps que je vous le dis mais moi je
ne
m’en lasse jamais.
Qu’est-ce que vous faites aujourd’hui ? Il me semble qu’il
fait bien beau et que vous pourriez bien me faire sortir si vous le vouliez ?
Cependant je n’y compte pas beaucoup et je flâne le plus que je peux. Je donne des
leçons de langue, de chant et de littérature à mes divers perroquets. Jusqu’à présent
j’en suis pour mes frais d’éducation mais j’espère avec de l’impatience en venir à
bout plus tard [qui ?] nourrira l’essaim des
Iroquois1. Tout cela ne fait pas le bonheur.
Jour Toto, jour mon cher petit o. Je vais me hâter cependant dans le cas où tu pourrais me conduire chez la
pauvre malade2. J’ai rêvé d’elle et de toi toute la nuit. Pauvre
femme, elle t’aimait bien.
Je ne veux pas m’appesantir sur sa perte prochaine
parce que je ne veux pas t’attrister, mon pauvre ange, et ajouter l’ombre d’une
tristesse à tes chagrins si cruels et si récents3. Je m’en veux même de ce que je viens de
t’en dire, pardonne-moi. Tâche de me venir voir un peu dans la journée, mon cher
bien-aimé, pour que cela me donne du courage et de la résignation. Pense à moi si
tu
peux et aime-moi. Je t’aime, moi, mon Victor, plus que tu ne peux le désirer. Je
t’aime à rendre le bon Dieu jaloux. Je t’aime, je t’aime, je t’aime. Je baise tes
beaux yeux et ta ravissante bouche.
Juliette
1 Dans le contexte de la lettre, les Iroquois semblent être les perruches de Juliette.
2 Périphrase désignant Mme Pierceau, qui meurt le 20 avril 1844 après plusieurs mois d’agonie.
3 Léopoldine, la fille aînée de Victor Hugo est morte le 4 septembre 1843. En ce début d’année 1844, il a perdu deux de ses amis : Charles Nodier, le 27 janvier, et le docteur Parent, le 6 février.
« 11 février 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16354, f. 163-164], transcr. Chadia Messaoudi, rév. Chantal Brière et Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11604, page consultée le 26 janvier 2026.
11 février [1844], dimanche soir, 11 h.
J’ai été bien maussade aujourd’hui, mon Toto, je le reconnais et je m’en repens.
Depuis que tu m’as expliqué la triste cause de ton absence1, que je savais déjà mais que la jalousie me fait oublier souvent, j’ai
des remords, mon cher bien-aimé. Je me trouve absurde et méchante et je voudrais
baiser tes pieds. Mon Victor bien aimé, plutôta que de te voir souffrir de tes pauvres yeux comme l’autre foisb, je me voue à la prison
perpétuelle, je ne te demanderai jamais à sortir, je ne me plaindrai pas, je ne serai
pas méchante ni jalouse pour que tu ne passesc pas les nuits et pour que tu ne souffres pas. Je t’aime trop, mon
Victor adoré. Je t’assure que je t’aime trop. Tantôt, en te voyant si jeune et si
beau, je me suis sentie prise d’une jalousie odieuse en comparant ma figure flétrie
et
mes affreux cheveux gris à ta charmante figure.
Il me semblait que ton
empressement à me fuir venait de ce que tu faisais de ton côté la même réflexion et
alors je n’ai pas eu le courage de te regarder partir comme je fais toujours. Je suis
rentrée dans mon cabinet et je me suis mise à pleurer tout mon saoul. Mais tu as été
si bon, si doux, si tendre ce soir et si persuasif que la confiance m’est un peu
revenue. Et maintenant je n’ai plus que le remordsd de t’avoir tourmenté injustement. Je t’en demande pardon à deux
genoux et je t’aime de toute mon âme.
Juliette
1 Juliette fait probablement référence au deuil douloureux de Victor Hugo quant à son ami M. Parent décédé le 6 février 1844.
a « plus tôt ».
b « l’autrefois ».
c « passe ».
d « remord ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
