« 13 février 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16354, f. 169-170], transcr. Chadia Messaoudi, rév. Chantal Brière et Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11606, page consultée le 26 janvier 2026.
13 février [1844], mardi matin, 10 h. ½
Bonjour mon petit Toto chéri, bonjour mon cher amour, bonjour mon Toto adoré. Je
t’écris en compagnie d’Eulalie qui est venue
pour me faire quelques reprises à ma robe de damas noir qui s’en va en poussière.
Il y
en aura au moins pour toute la journée, ce qui ne me contrarie pas autrement puisque
tu ne peux pas me faire sortir. Tâche de penser à moi, mon Toto, malgré tes
occupations sans nombre et malgré ton travail. Si tu penses à moi je le sentirai d’ici
et cela me fera du bien. Je ne suis pas une minute sans penser à toi, moi, mon adoré,
et je t’aime de toute mon âme. Tu le sais bien n’est-ce pas ? J’ai un besoin de toi
qui ne peut pas s’exprimer. Je donnerais des années de ma vie pour une heure passée
avec toi. Dès que tu pourras, en conscience, me donner la joie d’être avec toi, mon
amour, je te suppliea de n’y pas
manquer car vraiment mon pauvre cœur est affamé de bonheur. En attendant, je fais
ce
que je peux pour être courageuse et résignée.
J’ai écrit à Mme Luthereau1. J’espère que tu pourras me conduire demain chez la pauvre mère Pierceau2. Et puis je t’aime, et puis je te désire,
et puis je t’adore et puis je voudrais te baiser depuis les pieds jusqu’à la tête,
et
depuis le matin jusqu’au soir.
Juliette
1 Juliette souligne le nom car son amie Laure Krafft a épousé quelques jours plus tôt M. Luthereau
2 Mme Pierceau, très malade, va mourir le 20 avril 1844.
a « suplie ».
« 13 février 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16354, f. 171-172], transcr. Chadia Messaoudi, rév. Chantal Brière et Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11606, page consultée le 26 janvier 2026.
13 février [1844], mardi soir, 6 h.
Toujours pressé, mon adoré, toujours comme un homme qui courta après la diligence.
En vérité, ça
n’est pas gentil à vous. Une bonne fois pour toute je vous ficherai des coups et nous
verrons comment vous vous tirerez de là. En attendant, je bisque de rage et je souffle
dans mes doigts parce que je ne suis pas encore approchée du feu de la journée. À
propos de feu, mon pauvre bien-aimé, je pense qu’au moment où je te fais des
loustiqueries sur ton invisibilité, je n’ai plus de bois à peine pour passer la
journée de demain. Tu vois, mon pauvre adoré, que même quand je veux être drôle je
ne
réussis qu’à être bête, aussi j’y renonce. Je devrais bien renoncer encore à
gribouiller comme je le fais. Plus je vais et plus je deviens maladroite en tout ce
que je fais. Toutes mes facultés se sont réunies dans une seule, celle de vous aimer.
Le reste n’existe plus pour moi. Ça n’est pas consolant mais c’est vrai. Tenez- vous
le pour dit une fois pour toutesb.
Dites-donc je vous permets la petite créole Marinette1.
Je vous la permets sans restriction et sans réticence. Je vous la donne et redonne.
Dites après cela que je ne suis pas une bonne Juju et vous aurez affaire à moi. Baisez-moi, monstre que vous êtes et venez
bien vite.
Juliette
1 À élucider.
a « courre ».
b « toute ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
