« 4 avril 1874 » [source : Lieu de conservation non identifié], in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d9916e171, page consultée le 06 août 2026.
Paris, 4 avril 1874, samedi, 1 h. ¾
Je te remercie, mon grand bien-aimé, d’avoir eu la loyauté de me dire ce matin que tu avais fait de nouveaux vers pour Mme M1… Je te remercie aussi d’avoir eu la bonté de m’offrir de me les lire et de ne les lui envoyer que plus tard. J’avais d’abord accepté cet ajournement, mais en y réfléchissant, j’ai compris que ce qui est différé n’est pas perdu, que je ne gagnerais rien à m’opposer à ta jonction avec cette statue habitée par une étoile et que je me donnais tout bêtement le ridicule de l’autruche qui croit éviter le danger en enfonçant sa tête dans le sable. C’est pourquoi, mon grand bien-aimé, je te prie d’agir en toute liberté, en envoyant quand tu voudras les vers dédiés à ta belle inspiratrice. Cette poésie étant tirée, il est tout simple que vous vous en enivriez l’un l’autre, et tant pis pour ma soif. Et d’ailleurs, pour moi, l’infidélité ne commence pas à l’action seulement ; je la regarde comme déjà confirmée par le seul fait du désir. Cela posé, mon cher grand ami, je te prie de ne pas te gêner et de faire comme si je n’étais déjà plus là. Cela me donnera le temps de me reposer de la vie avant de prendre mon élan pour l’éternité. Tâche d’être heureux si tu peux.
1 Mme Catulle Mendès, autrement dit Judith Gautier. Le poème, daté du 4 avril 1874, est intitulé « À Madame J*** » (Toute la Lyre, VI, 37). Il est suivi, le lendemain, de « Nivea non frigida » (Toute la Lyre, VI, 35).
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils emménagent rue de Clichy. Elle ignore que la liaison avec Blanche, qui n’est plus à leur service, continue.
- 19 févrierQuatrevingt-treize.
- 29 avrilIls emménagent 21 rue de Clichy.
- OctobreMes fils.
