11 juin 1850

« 11 juin 1850 » [source : BnF, Mss, NAF 16368, f. 163-164], transcr. Anne Kieffer, rév. Jean-Marc Hovasse , in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d8628e405, page consultée le 01 mai 2026.

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Bonjour, mon Toto aimé, bonjour, mon cher amour adoré, bonjour, je t’aime et vous ? Dieu veuille que tu n’aies pas autant mal à la tête que moi car tu serais bien malheureux. Dans ce moment-ci je suis comme une insensée ; pour peu que cela aille en augmentant toute la journée ce sera gentil. En attendant je tâche de faire diversion à mon mal en m’occupant de vous, mon amour, c’est la seule chose en effet qui puisse me faire oublier que je souffre, que je suis rouge, vieille et laide1. À propos je n’ai pas trouvé mes marquis2 chez eux hier en te quittant, mais en rentrant chez moi j’ai rencontré la marquise qui promenait son chien devant tes fenêtres. Elle voulait me ramener chez elle, mais je m’y suis refusée car j’avais déjà très mal à la tête et je préférais me coucher de bonne heure. Cela ne m’a pas trop bien réussi comme tu vois puisque je suis comme une enragée ce matin. Mais j’espère que, le déjeuner aidant, cela sera passé quand tu viendras. Jusque-là, je t’aime à fer et à clousa3 et je te baise idem.

Juliette


Notes

1 Juliette Drouet souffre de la gale depuis le mois de mars 1850.

2 M. et Mme de Montferrier .

3 À fer et à clous : De façon très solide.

Notes manuscriptologiques

a « cloux ».


« 11 juin 1850 » [source : MVH, α 8388], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d8628e405, page consultée le 01 mai 2026.

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Il n’est guère probable que je te revoie avant ce soir, mon bien-aimé, car le coup de feu de ta séance doit être dans ce moment-ci surtout. Mme de Montferrier était venue me chercher pour dîner ce soir, et pour ne pas refuser trop absolument je lui ai promis d’y aller après que je t’aurai vu et dans le cas où tu ne pourrais pas revenir le soir, ce qui n’est que trop certain, hélas ! Je suis allée avec elle voir un appartement à jardin rue des Martyrs, puis je suis revenue t’attendre chez moi d’où je t’écris tout ce ragot pour me faire prendre patience jusqu’au moment où je te reverrai.

Où allais-tu donc tantôt ou plutôt ce matin, mon petit homme ? Il me semble que tu ne me l’as pas dit. Tout ce que j’ai trop compris c’est que tu ne faisais qu’entrer et sortir et que tu étais très pressé. Tout cela n’est pas très drôle, même pour une femme aussi rouge que je suis. Est-ce qu’il ne sera plus possible jamais de changer cette stupidité de camp volant ? Quant à moi j’en suis énervéea et abrutie au dernier point. Encore quelques jours comme cela et tousb les conducteurs de la joie et du bonheur seront tellement atrophiés chez moi qu’ils ne pourront plus fonctionner du tout. Pensez-y pour peu que vous y teniez encore.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « énnervée ».

b Sauf erreur, on lit un « ce » incompréhensible après « tous ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

Hugo compose de nombreux dessins dans l’atelier qu’il a installé chez elle

  • 15 janvierDiscours de Hugo sur la liberté de l’enseignement.
  • 5 avrilDiscours de Hugo contre la déportation.
  • 18 maiAngelo tyran de Padoue est repris pour 14 représentations et 5 en 1851. La distribution est la suivante : Beauvallet est toujours Angelo, Maillart remplace Geffroy dans Rodolfo, Maubant remplace Provost dans Homodei. Les deux sœurs Félix jouent respectivement Catarina (Rebecca) et la Tisbé (Rachel).
  • 21 maiDiscours de Hugo sur le suffrage universel.
  • 9 juilletDiscours de Hugo sur la liberté de la presse.
  • 4 décembreHugo, qui souffre de maux de gorge depuis plusieurs mois, se fait opérer de la luette.