« 7 juillet 1850 » [source : BnF, Mss, NAF 16368, f. 195-196], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette , in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d8160e333, page consultée le 02 mai 2026.
Dimanche, [7 ?] juillet [1850], matin, 7 h. ½
Bonjour, mon doux bien-aimé, bonjour mon adoré petit homme, comment va ta gorge ce matin1 ? Il serait bien difficile qu’elle aille mieux avec l’excès de fatigue que tu t’imposes avec autant d’imprudence que de courage. Mais rien ne saurait te détourner de ce que tu crois être ton DEVOIR au risque même de compromettre ta santé pour longtemps. Aussi il n’y a rien à te dire et peu de chose à espérer car les luttes parlementaires se renouvellent toujours plus pressantes et plus violentes. Les adversaires remplacent les adversaires, toi seul tu luttes constamment sur la brèche, tenant tête à tous et ne te reposant jamais. C’est vaillant mais c’est dangereux à la longue pour la santé et pour la vie. Je ne sais pas pourquoi je te dis toutes ces choses que tu dois sentir autant que moi, quels quea soient d’ailleurs ta force et ton courage. Il vaudrait mieux pour toi et pour moi que je puisse te soigner et veiller à ce que rien de ce qui peut calmer ton mal ne te manque, à éloigner de toi toutes les gênes et toutes les fatigues inutiles. Malheureusement j’en suis réduite à une sollicitude stérile qui ne peut que prévoir le mal sans jamais l’empêcher. Triste mission qui ne sert qu’à me tourmenter sans te soulager en rien. Tout cela encore une fois ne me dit pas comment va ta pauvre gorge ce matin ?
Juliette
1 Victor Hugo, qui souffre de maux de gorge chroniques, sera opéré de la luette le 4 décembre 1850.
a « quelques ».
« 7 juillet 1850 » [source : Vente Morand et Morand, chez Drouot, septembre 2023], transcr. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d8160e333, page consultée le 02 mai 2026.
7 juillet [1850], dimanche matin, 8 h.
Je n’ai pas pu t’écrire hier de la journée, mon cher adoré, non par oubli car tu es ma pensée unique, la lumière de mes yeux, le souffle de ma poitrine et l’âme de ma vie, mais par empêchements oiseux tels que : la visite de la cousine de Mme Guérard qui est restée deux heures, celle de Mme Sauvageot qui m’a raconté de nouveau ses chagrins et ses catastrophes commerciales, le bain que j’avais pris le matin, ma peignerie à fond, la visite des dames Dorset le soir, etc., etc. pantouflesa, tout cela a pris tout mon temps bêtement, ce qui fait que je suis en retard de deux gribouillis tandis que mon cœur avance de deux millions d’années d’amour par seconde. Aussi je m’en donne à plume que veux-tu ce matin ? Malheureusement il est impossible d’être gai avec les deux préoccupations qui se sont réveillées ce matin en même temps que moi : celle de te savoir souffrant et forcé peut-être de parler demain à la Chambre, puis enfin celle de dîner chez Mlle Féau, c’est-à-dire de perdre peut-être une heure ou deux de ta chère petite personne. Tout cela n’est pas précisément bien amusant, n’est-ce pas, mon petit homme, et je suis bien excusable de ne pas rire aux éclats en y pensant et en te le racontant ?
Juliette
a « pantouffles ».
« 7 juillet 1850 » [source : Collection particulière, MLM Paris 65303 0006/0008], transcr. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d8160e333, page consultée le 02 mai 2026.
7 juillet [1850]1, dimanche matin, 8 h. ½
Je continue imperturbablement, mon pauvre amour béni, car il faut que j’aie mon compte de pataquès et de pattes de mouches, cela fait partie de mon existence maintenant et je sens qu’il me manque quelque chose de très essentiel quand je n’ai pas mon compte depuis A jusqu’à Z. Que dis-tu de la Juju endormie ? bien aimable, voime, voime, et encore il me semble qu’elle va mourir tant son sommeil interrompu lui tourne sur le cœur. Il est vrai que c’est l’affaire d’un moment et si tu avais le temps d’attendre que cette espèce de spasme douloureux se passe tu trouverais une Juju parfaitement réveillée et gaillarde. Malheureusement tu es toujours à l’heure comme les convois de chemins de fer. Tu n’attends jamais, même quand cela serait le bonheur en chair et en os qui lui de son côté n’est jamais pressé d’arriver à sa destination. De tout cela il résulte que vous m’avez vue endormie et grognon et que vous auriez pu avec un peu de patience me voir réveillée et aimable. Il est vrai que pour ce que vous auriez fait de cette amabilité et de cette gaillarderie vous avez peut-être bien fait de ne pas vous y ARRÊTER. Voime, voime, vous êtes un fier représentant mais un bien humble Toto.
Juliette
1 Indication pour la datation : cette lettre comble une lacune du fichier BnF. Il n’y a pas de lacune pour ce jour et ce moment de la journée en 1839 et 1844. De plus, le thème de la lettre qui se poursuit tout au long de la journée pour rattraper celle qui n’a pas été écrite la veille concorde avec la thématique des autres lettres du même jour.
« 7 juillet 1850 » [source : MVH, α 8410], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d8160e333, page consultée le 02 mai 2026.
7 juillet [1850], dimanche matin, 9 h.
Les quatre feuilles de papier sont TIRÉES, il faut les gribouiller depuis le haut jusqu’en bas, à l’envers et à l’endroit, je ne connais que cela. J’aurais trop peur d’ailleurs, si je vous laissais perdre l’habitude de mes élucubrations quotidiennes, que vous ne finissiez par ne plus me reconnaître du tout. Ce sont autant de MEMENTO qui vous disent : souviens-toi de la pauvre Juju qui t’adore. Souviens-toi aussi, mon adoré bien-aimé, que je t’attends, que je suis forcée de dîner hors de chez moi aujourd’hui et qu’il dépend de toi que je sois triste ou gaie à ce balthazar1 bourgeois qu’on donne en mon honneur. Pour cela il suffit que tu viennes tard ou tôt, que je te voie dix minutes ou deux heures, que je te sache souffrant ou guéri. Il est vrai que cette dernière chose ne dépend pas tout à fait de toi. Tâche de venir de bonne heure, mon ravissant bien-aimé, je vais me dépêcher de faire mon ménage et m’habiller pour ne pas te quitter une seule minute tout le temps que tu pourras me donner.
D’ici là je t’aime, je te désire, je t’attends et je t’adore.
Juliette
1 Un balthazar est un festin, ainsi nommé en souvenir du festin du roi Balthazar selon le récit de la Bible, scène pourtant funeste. Juliette est souvent invitée chez les Montferrier .
« 7 juillet 1850 » [source : BnF, Mss, NAF 16368, f. 197-198], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d8160e333, page consultée le 02 mai 2026.
7 juillet [1850], dimanche soir, 11 h. ¼
Est-ce que je ne te verrai pas ce soir, mon adoré ? J’en ai bien peur mon Dieu. Tu me l’as presque promis et tu tiens en général trop bien ces vilaines promesses-là. Cependant, mon Victor adoré, j’ai bien besoin de te voir. Depuis tantôt j’ai le cœur tout triste et tout serré. Je t’ai si peu vu. Quel bonheur te voilà !!!!!!a
Lundi 8 juillet, midi1
Je t’ai vu, mon adoré, au moment où je l’espérais le moins. Mais, voilà déjà bien longtemps de cela, et j’éprouve à présent le même besoin et la même impatience qu’hier soir. Si tu pouvais venir au moment où je t’écris cela, comme ma tristesse se changerait en joie et comme je pousserais mon fameux cri de guerre : Quel bonheur ! Mais hélas ! tu ne viendras pas. Tu travailles sans doute, mon pauvre adoré, et tu ne penses pas à moi. Eh ! bien moi je ne te quitte pas de la pensée ni du cœur, je te désire et je t’aime pour deux et pour deux millions et pour tout l’univers si tout l’univers était amoureux de toi. Sois béni, mon cher bien-aimé. Je prie Dieu de toute mon âme d’éloigner de toi toute amertume, tout chagrin et toute tristesse et en le priant pour toi, c’est moi que je prie car toutes les tristesses que tu éprouves, je les éprouveb centuplées par la force de mon amour. Il en est de même de la joie, mon Victor bien-aimé. Je t’admire, je te respecte, je te vénère, je te bénis et je t’adore.
Juliette
1 Cette lettre est écrite sur la même feuille de papier que celle du 7 juillet [1850], dimanche soir, 11 h. ½.
a Les points d’exclamation courent jusqu’au bout de la ligne.
b « éprouves ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo compose de nombreux dessins dans l’atelier qu’il a installé chez elle
- 15 janvierDiscours de Hugo sur la liberté de l’enseignement.
- 5 avrilDiscours de Hugo contre la déportation.
- 18 maiAngelo tyran de Padoue est repris pour 14 représentations et 5 en 1851. La distribution est la suivante : Beauvallet est toujours Angelo, Maillart remplace Geffroy dans Rodolfo, Maubant remplace Provost dans Homodei. Les deux sœurs Félix jouent respectivement Catarina (Rebecca) et la Tisbé (Rachel).
- 21 maiDiscours de Hugo sur le suffrage universel.
- 9 juilletDiscours de Hugo sur la liberté de la presse.
- 4 décembreHugo, qui souffre de maux de gorge depuis plusieurs mois, se fait opérer de la luette.
