17 janvier 1866

« 17 janvier 1866 » [source : BnF, Mss, NAF 16387, f. 17], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d7982e992, page consultée le 01 mai 2026.

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Je vois que tu as fait comme moi, mon pauvre bien-aimé, de la nuit le jour et du jour la nuit puisque tu n’es pas encore levé et que je viens seulement de sortir du lit. J’ai passé la nuit blanche sans savoir pourquoi. Mais pour toi, il n’est pas difficile d’expliquer tes insomnies dues à un travail assidu et trop excessif. Quand je pense à tout ce que tu fais et à tout ce que tu veux faire, j’en suis émerveillée et épouvantée. Pour me rassurer, je me demande s’il y a un Dieu pour les génies comme pour les enfants et les ivrognes. Espérons que oui. Cependant je serais plus tranquille si tu voulais te modérer un peu. Mais est-ce possible ? That is the question.

Il paraît que le rhume de Marquand est sérieux puisqu’il n’est pas venu hier dîner. Mais puisqu’il faisaita tant que de laisser venir sa femme, il aurait dû la laisser coucher chez son père au lieu de forcer ce brave homme à la reconduire le soir dans l’obscurité par le mauvais temps. Je sais bien que cette sorte de critique est aisée pour les indifférents et que l’art est difficile pour les maris amoureux. Au reste cela ne me regarde pas et ce que j’en dis n’est que pour bavarder.

Et à ce propos, je ne sais pas si tu as remarqué la bonne grâce voulue et cherchée de K.1 pour tout le groupe de PutronMarquand. On sent qu’il ne demanderait pas mieux que de passer, et surtout de faire passer l’éponge sur ses torts et surtout de finir toute cette pitoyable affaire par la devise du vaudeville : embrassons-nous Folleville2 ! Mais le moyen que cela arrive, c’est de ne pas avoir l’air de s’en apercevoir, pas plus de Kesler que de Folleville-Marquand qui le désire au moins autant que lui. En attendant, je t’adore.


Notes

1 Vraisemblablement, Hennet de Kesler.

2 Embrassons-nous Folleville ! comédie-vaudeville d’Eugène Labiche et Auguste Lefranc, représentée pour la première fois au théâtre de la Montansier, le 6 mars 1850.

Notes manuscriptologiques

a « il faisais ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

ils passent de longues vacances en Belgique.

  • 12 marsLes Travailleurs de la mer.
  • 15 juinHugo fait déposer chez elle une malle contenant des manuscrits et des inédits.
  • 20 juin-10 octobreVacances en Belgique.
  • 17 aoûtNaissance de sa petite-nièce Marguerite, fille de son neveu Louis Koch.