1 janvier 1866

« 1 janvier 1866 » [source : BnF, Mss, NAF 16387, f. 1], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d7982e25, page consultée le 01 mai 2026.

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Cher adoré, ta lettre était déjà écrite tout entière dans mon âme avant de l’avoir lue. On dirait que ta pensée est faite de mon amour et que ton cœur est dans le mien. Tout ce que tu crois est ma foi. Tout ce que tu désiresa est mon vœu ardent. Tout ce que tu espèresb, j’en demande à Dieu la réalisation jour et nuit. Je veux ce que tu veux dans la vie et dans la mort. Je prie ma chère petite Claire de te protéger en écartant de toi toutes les mauvaises influences visibles et invisibles et de demander à ta chère petite Léopoldine de permettre que je t’adore pour toute l’éternité. J’ai le cœur si ému que je tremble en t’écrivant comme si c’était la première fois que je te dis mon amour. Je t’aime, je t’aime, je t’aime.

Je suis bien heureuse d’avoir contribué pour ma part au bonheur que tu as fait hier à ta chère petite belle-sœur1 par le don de MON livre2. La pauvre enfant, si triste un moment auparavant était touchante dans sa joie éclatante à la vue de ce splendide cadeau. Elle ne s’y attendait pas, évidemment, et son bonheur n’en a étéc que plus grand. Je t’en remercie pour elle, pour toi, pour moi et je te bénis.

J’espère que tu as passé une bonne nuit, mon doux bien-aimé. Je vais aller voir si ton signal est à son poste3. Quel bonheur si je pouvais t’entrevoir une seconde. Il me semble que cela me porterait bonheur en toute chose pendant toute l’année. Je vais essayer, peut-être que cela me réussira. En attendant je te souhaite tout ce que tu peux désirer pour toi et pour tes chers absents qui sont aussi les miens.


Notes

1 Julie Chenay.

2 Victor Hugo a offert à Julie Chenay un exemplaire des Misérables illustré, relié et doré sur tranche.

3 Victor Hugo attachait une serviette blanche à son balcon pour indiquer à Juliette Drouet qu’il était levé. Elle pouvait alors apercevoir « le signal » ou « torchon radieux », comme elle l’appelle parfois, de sa maison située au 20, rue d’Hauteville à une centaine de mètres en contre bas de Hauteville House.

Notes manuscriptologiques

a « tu désire ».

b « tu espère ».

c « n’en n’a été ».


« 1 janvier 1866 » [source : BnF, Mss, NAF 16387, f. 2], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d7982e25, page consultée le 01 mai 2026.

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Béni soit le VIER1 NOËL qui m’apporte ta chère petite lettre2 tous les ans et qui me donne le droit d’y répondre toute la journée. Je suis si heureuse qu’il me semble que je ne sens plus la pesanteur de la vie. Mes yeux ont des éblouissements de paradis et mon âme s’agite, joyeuse, comme si elle allait s’envoler avec toi dans le ciel bleu. Pour calmer son impatience, je vais à ton cher petit buste que je couvre de baisers et je serre sur mon cœur ta chère petite lettre que j’ai lue, relue et que je lis et relis au moment même où je te dis tout le tohu-bohu de mon amour et de mon bonheur.

Il est probable que tu es en proie aux visiteurs, mon pauvre bien-aimé, et je ne t’envie pas, AU CONTRAIRE. Je te remercie de m’avoir épargné celle de M.3 tantôt. J’ai horreur de toutes les cordialités de conventions. Autant je suis sensible aux vraies expansions de cœur, autant j’ai d’antipathie contre les banalités stéréotypées et à jour fixe. Et puis je ne vois, je ne sais, je ne sens rien, je ne suis rien en dehors de toi.

J’espère que ta petite belle-sœur est toujours à la joie de son cœur de son beau cadeau. Il a bien fallu que ce soit pour lui faire plaisir que je me suis dépouillée, en vraie pélicane, à son profit comme je l’ai fait hier. Dieu sait quand il m’en reviendra un à moi de BEAU LIVRE comme celui-là. Je sais bien que j’en ai un et même deux bien précieux que je dois à votre inépuisable générosité, mais celui que je n’ai pas ou que je n’ai plus me manque absolument et je le regrette comme une envieuse que je suis. Je t’adore, voilà la vérité.


Notes

1 En guernesiais, « vier » signifie « vieux, ancien ».

2 Victor Hugo a écrit à Juliette Drouet le 31 décembre 1865 : « Douce bien-aimée, je finis mon année en écrivant ces lignes et tu commenceras la tienne en les lisant. Tel est le profond nœud du cœur. Ce qui semble s’interrompre continue, et la mort n’est pas autre chose qu’une année finissante, tout de suite recommencée ailleurs. Cette grande année là, finissons la ensemble, et recommençons la ensemble ; tu le sais, c’est mon vœu inextinguible, ma pensée de tous les jours, ma prière de toutes les nuits. Mon âme t’aime devant Dieu. Ceci efface toutes les ombres de la terre. Nos deux anges, auxquels je songe toujours quand je t’écris, m’approuvent, et en ce moment, penchés dans l’invisible sur mon épaule, ils lisent cette lettre à mesure que je l’écris. Qu’ils soient bénis. Cette bénédiction est faite de mon amour pour toi. Elle contient du ciel. Aimons-nous à jamais, ô mon doux ange ! » (CFL, t. XIII, p. 901).

3 Peut-être Marquand ?

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

ils passent de longues vacances en Belgique.

  • 12 marsLes Travailleurs de la mer.
  • 15 juinHugo fait déposer chez elle une malle contenant des manuscrits et des inédits.
  • 20 juin-10 octobreVacances en Belgique.
  • 17 aoûtNaissance de sa petite-nièce Marguerite, fille de son neveu Louis Koch.