« 29 juillet 1876 » [source : BnF, Mss, NAF 16397, f. 207], transcr. Azza Ben Khelifa, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d7665e722, page consultée le 09 mai 2026.
Paris, 29 juillet [18]76, samedi matin, 9 h. ½
Bonjour, mon grand bien-aimé, si tu es content de ta nuit comme je le souhaite et comme je l’espère, je suis heureuse, je te souris et je te bénis. Je viens de faire une découverte dont je suis un peu inquiète pour l’avenir de notre cave, c’est que le mari d’Henriette n’est rien moins que fidèle. Tout à l’heure je l’ai surpris de connivence avec le portier, guettant si je n’étais pas derrière ma persienne pour entrer furtivement dans sa loge où il est resté un quart d’heure et en prenant les mêmes précautions pour en sortir qu’il avait prises pour y entrer, toutes ces manœuvres au moment même du montage du vin dont il venait de boire une large part à en juger par l’odeur peu rassurante qu’il exhalait. J’ai fait venir sa femme tout de suite pour lui faire part de mes observations et le résultat de l’enquête c’est qu’il était allé prendre des journaux dans la loge etc. etc. etc. Cette excuse est faible et tu en jugeras quand je te dirai avec quelles complications cette chose si simple : prendre deux journaux dans une loge s’est passé. Enfin pour moi mon opinion est fixée sur ce garçon. Quant à sa femme je crois encore à sa probité personnelle mais l’exemple de son mari n’est pas très rassurant pour l’avenir. Toutes ces choses maussades je dois te les dire car elles font partie de [illis.]
« 29 juillet 1876 » [source : BnF, Mss, NAF 16397, f. 201], transcr. Azza Ben Khelifa, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d7665e722, page consultée le 09 mai 2026.
Paris, 29 juillet [18]76, dimanche matin, 9 h. ½
Bonjour, mon cher grand, mon ineffable bien-aimé, je t’adore. Je viens de t’envoyer dire par Mariette que j’ai passé une très bonne nuit et j’attends avec impatience qu’elle me rapporte la même bonne nouvelle de ta nuit. Quant à la température, je la supporte à travers toi à qui elle est nécessaire, autrement je la traiterais comme la dernière des dernières… des calamités atmosphériques. Autre guitare, je viens d’installer ton beau coffre au haut de mon meuble sur lequel il va admirablement bien et d’où il me rendra de très grands services. Mais, il y a un mais, et même un très gros mais, je crains de m’y acoquines et de me laisser aller sur la pente de la commode improbité : « possession vaut titre ». Tu viens de commettre une fière imprudence en me permettant d’user indéfiniment de ce beau petit meuble ; puisses-tu ne jamais t’en repentir et ma conscience aussi. En attendant je m’en goberge puisqu’à extinction de ta gracieuse obligeance. Je suis heureuse d’avoir encore une raison de plus de te sourire et de t’adorer.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo, élu sénateur, préside l’Union républicaine (qui siège à l’extrême-gauche du Sénat).
- 30 janvierHugo est élu sénateur de la Seine.
- 4 aoûtHugo nommé président de l’Union républicaine (extrême-gauche du Sénat).
- 23 novembreMort de son frère Amand (né en 1803), dont Juliette a perdu la trace depuis leur séparation précoce à la mort de leur mère.
