« 20 juillet 1876 » [source : BnF, Mss, NAF 16397, f. 197], transcr. Azza Ben Khelifa, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d7665e488, page consultée le 01 mai 2026.
Paris, 20 juillet [18]76, Saint-Victor… Hugo, 6 h. ½
Cher bien-aimé, je voudrais pouvoir en l’honneur de ta fête cueillir ce matin toutes les fleurs de mon âme pour te les offrir, car elles n’ont jamais été plus belles, plus fraîches, plus parfumées et plus dignes de toi qu’aujourd’hui. Malheureusement l’art d’en composer un bouquet me manque. Aussi, je te les donne en bloc, pêle-mêle, comme elles ont pousséa à la clarté de ton génie et sous ton souffle divin aussi puissant que ceux de Dieu lui-même. Quoi qu’il arrive de nous en ce monde et jusqu’à ce qu’il plaise à Dieu de nous en retirer, il dépend de toi qu’elles ne se flétrissent jamais et restent immortelles comme nos deux âmes. C’est pour cela que de mon côté, j’en confie la garde à ma chère Claire en la priant de veiller sur toi et sur tes deux chers petits-enfants adorés et adorables.
J’espère que tu as passé une bonne nuit et même que tu dors encore. Quant à moi j’ai assez bien dormi mais j’ai le chagrin de penser qu’il m’est impossible de t’accompagner à Versailles1 aujourd’hui à cause de mes devoirs d’hôtesse plus nombreux que de coutume et plus délicats, aussi, malgré la bonté et l’indulgence du grand Saint-Victor au ciel et sur la terre. Si par impossible le vote n’avait pas lieu aujourd’hui, rien ne m’empêcherait d’aller avec toi demain. En attendant que cela se décide, je compte te consacrer toute ma journée ici corps, cœur et âme.
1 Juliette accompagne souvent Hugo sénateur à Versailles où siège l’Assemblée.
a « poussées ».
« 20 juillet 1876 » [source : BnF, Mss, NAF 16397, f. 198], transcr. Azza Ben Khelifa, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d7665e488, page consultée le 01 mai 2026.
Paris, 20 juillet [18]76, le jeudi Saint-Victor, 2 h. après-midi
À défaut de mes jambes qui ne me permettent pas de courir après toi, malgré le désir que j’en ai et le regret que j’ai de t’avoir laissé partir sans moi, je charge mes pattes de mouche de te suivre pas à pas et de ne rentrer au logis que lorsque tu y rentreras toi-même. C’est une façon pour moi de tromper mon impatience et d’occuper la trop grande activité de mon cœur et de mon âme depuis que tu es parti de la maison. J’ai reçu pour toi un bouquet et une belle lettre de Mme Benderitter qui te prie de la recevoir ce soir. Plus un très beau bouquet avec les cartes de mes deux petits Koch1. J’ai envoyé ces fleurs chez Mme Charles, comme je compte y envoyer toutes celles qui viendront encore. Je me suis aussi procuré six pièces de cinq francs que je te remettrai ce soir pour les domestiques. Enfin, mon grand bien-aimé, je voudrais être déjà à la dernière heure ce soir pour te remercier comme tu le mérites de ta généreuse et adorable bonté pour moi. La présence de tes chers petits et de leur mère a forcément contenu mon effusion mais j’espère que rien ne s’opposera, quand nous serons seuls entre nous, à ce je te dises et qu’en toutes choses et en toutes occasions tu es le plus aimable, le meilleur des hommes, comme tu es le plus grand et le plus sublime. Je t’adore.
1 Les enfants de son neveu (Jean-)Louis Koch.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo, élu sénateur, préside l’Union républicaine (qui siège à l’extrême-gauche du Sénat).
- 30 janvierHugo est élu sénateur de la Seine.
- 4 aoûtHugo nommé président de l’Union républicaine (extrême-gauche du Sénat).
- 23 novembreMort de son frère Amand (né en 1803), dont Juliette a perdu la trace depuis leur séparation précoce à la mort de leur mère.
