6 novembre 1871

« 6 novembre 1871 » [source : BnF, Mss, NAF 16392, f. 99], transcr. Jean-Christophe Héricher, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d7578e210, page consultée le 02 mai 2026.

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Bonjour, mon cher grand bien-aimé, comment as-tu passé la nuit et où en est ton rhume ce matin ? Deux questions qui m’intéressent vivement mais dont je ne connaîtrai la réponse que lorsque tu me la donneras toi-même, c’est-à-dire ce soir. Jusque-là, ma sollicitude a le temps de s’exercer dans tous les sens. Je suis de l’avis de tout le monde, et tout le monde est du mien, en trouvant que tu te surpasses toujours en grandeur, en bonté, en beauté, en humanité et en sublime chaque fois que tu écris une nouvelle page. C’est encore l’impression que nous a fait à tous hier soir ton adorable lettre de clémence et de pardon, de raison et de justice, en faveur des misérables condamnés et miséricordieuse pour les impitoyables condamneurs1. Tu as des baumes pour toutes les plaies et des rémissions pour tous les crimes, tu es le sublime guérisseur de tous les souffrants et le divin sauveur de tous les méchants qui sont touchés par ton génie. Les démons seuls te résistent sur la terre comme ils résistent à Dieu dans le ciel. Comme lui, tu es béni et exécré pour le bien que tu fais et pour le mal que veux empêcher, et comme lui encore, tu restes inexpugnable dans ta sainteté et dans ta gloire et ceux qui te comprennent s’agenouillent et se prosternent devant ta bonté surhumaine. Je t’adore.


Notes

1 Le 5 novembre, Hugo fait paraître dans Le Rappel une lettre ouverte adressée à Léon Bigot, avocat du jeune poète Maroteau, condamné à mort. Au delà du cas de Maroteau, vaillamment défendu par son avocat, c’est contre la peine de mort pour raison politique que se bat Hugo dans son article. (Actes et Paroles, p. 832-836).

Cette année-là…
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Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

Hugo perd son fils Charles et la famille se réfugie en Belgique puis au Luxembourg pendant et après la Commune.

  • 8 févrierHugo est élu député.
  • 14 février-17 marsIls habitent Bordeaux, où Hugo siège à l’Assemblée Nationale. Hugo loge au 37 rue de la Course.
  • 8 marsHugo démissionne après l’invalidation de l’élection de Garibaldi.
  • 13 marsMort de Charles Hugo à Bordeaux, d’une apoplexie.
  • 18 marsEnterrement de Charles Hugo au Père-Lachaise. Début de la Commune de Paris.
  • 21 mars-1er juinÀ Bruxelles, séjour qui se termine par l’expulsion, après l’agression à coup de pierres du domicile de Hugo place des barricades, consécutive à son article, paru le 27 mai dans L’Indépendance belge, où il offrait l’hospitalité aux proscrits de la Commune.
  • 1er juin-23 septembreSéjour au Luxembourg.
  • 9 octobreHugo emménage 66 rue La Rochefoucauld et Juliette 55 rue Pigalle.