23 octobre 1853

« 23 octobre 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 420-421], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d7236e692, page consultée le 01 mai 2026.

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Tu ne veux pas que je sois triste, tu veux que je croie que tu m’aimes et tu fais tout ce qu’il faut pour produire deux effets contraires à ceux que tu veux que j’éprouve. Cette contradiction dans les mots et dans les faits ne peut pas échapper à ton observation, aussi tu ne t’étonneras pas, je l’espère, si je n’ai pas su résister à la mauvaise influence de ton absence prolongée. Dieu sait que ce n’est pas de ma faute et que si je pouvais être autrement, je ne me résisterais pas, ne fût-cea que pour te laisser le champ libre de toute façon. Malheureusement jusqu’à présent je n’ai pas pu arracher de mon cœur une seule des racines de cet affreux amour qui m’a envahie tout entière. C’est aussi triste à avouer qu’à ressentir, mais qu’yb faire ? Attendre, attendre, attendre, et remplacer le bonheur par la résignation. C’est ce que je fais du moins mal que je peux. Tu as deux lettres sur ma table qu’il serait peut-être utile de mettre à la poste aujourd’hui. Mais comme tu ne m’as rien dit, comme c’est aujourd’hui le jour consacré aux lubies de Suzanne, je ne sais à quel parti m’arrêter. Si j’étais sûre que tu ne viennes pas d’ici à ce soir, je profiterais du reste du jour pour les porter moi-même à la poste, mais dans le doute je reste chez moi. Il paraît du reste que le parrainagec est une chose bien amusante puisque tu y persistesd depuis ce matin huit heures. Tant mieux, surtout si ton NEZ y trouve son plaisir en même temps que le RESTE.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « fusse ».

b « qui ».

c « parainage ».

d « persiste ».


« 23 octobre 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 422-423], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d7236e692, page consultée le 01 mai 2026.

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J’espérais, mon cher petit homme, que vous ne m’auriez pas laissé le temps de confectionner le moindre restitus ; mais je vois que, selon ma stupide habitude, j’avais compté sans mon AUTRE Toto1, ce qui me laisse du loisir et de l’ennui de reste pour toute ma journée. Je ne vous en veux pas, bien entendu, mais je n’en bisque que davantage. Vous pensez que ce n’est pas ma sortie d’aujourd’hui qui m’ôtera mes moisissures et qui m’empêchera d’en être verte. Cependant vous avez des lettres à mettre à la poste à ce qu’il me semble ? C’est là-dessus que je compte pour me dégourdir un peu les jambes ce soir. En attendant je ris, je ris, mon Dieu, mais je ris à pierre fendre.

Ah ! Ah ! Voici Suzanne qui m’apporte de vos nouvelles. Il paraît que vous festinez2 sous prétexte de compérage3 sans vous soucier des proscrits et de votre Juju pas plus que de l’an 40. Cependant, eux et moi, vous attendons avec impatience. Moi, tout de suite et toujours, eux à huit heures du soir pour une affaire importante. Je suis sûre d’avance quels sont ceux à qui vous donnerez la préférence et quelle sera la plus mystifiée de la société. Cette prescience m’est tout à fait naturelle et sans le moindre secours magique. Je sais mon affaire des pieds et des mains et, qui pis est, par cœur. Je n’en suis pas plus fière, ni plus gaie, ni plus heureuse pour cela, tellea est ma bizarderie. Et pourtant vous vous amusez, vous jubilez et vous goinfrez à mort. Qu’est-ce qu’il me faut donc de plus, je vous le demande ? Vraiment les femmes ne sont jamais contentes et Juju encore plus.


Notes

1 Jeu de mots : « compter sans son autre » signifie ne pas prévoir l’imprévu, être pris de court ou au dépourvu. Quant à l’autre Toto, c’est François-Victor Hugo.

2 Festiner : d’abord offrir un festin à quelqu’un (1350 intr., puis vers 1583 trans.) puis faire un festin.

3 Compérage : lien spirituel entre les parents de l’enfant baptisé et le parrain ; une attestation isolée au XVIe siècle dans un contexte de tromperie annonce une reprise au sens de « complicité douteuse » : cette acception a disparu au profit de copinage.

Notes manuscriptologiques

a « tel ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.

  • 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
  • 21 novembreChâtiments.