« 17 octobre 1869 » [source : BnF, Mss, NAF 16390, f. 266], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d6752e673, page consultée le 01 mai 2026.
Bruxelles, 17 octobre [18]69, dimanche matin, 4 h. ¾
J’espère que tu as bien dormi, mon cher adoré, et je t’en offre autant ce matin. Mais quelle tempête cette nuit ! Surtout vers deux heures du matin. On aurait cru que toute la presse bonapartiste et une partie de cette prétendue démocratique s’étaient donnéa rendez-vous dans le tuyau de ma cheminée. Quel bacchanalb ! Quel essoufflementc ! Quelles vociférations ! Quelle rage ! Quels efforts avortés pour déraciner la maison ! Maintenant il n’y paraît plus et on pourrait se croire en pleine République si le soleil n’était pas si pâle. Heureusement pour nous, nous étions clos et couvertsd pendant ce déchaînement barométrique. J’espère que les dix jours1 que nous avons encore devant nous avant de reprendre possession de notre cher petit Guernesey donnera le temps à la tourmente politique et à celle de l’équinoxe de se calmer. En attendant, il serait bon, je crois, que tes deux amis, P. Meurice et Vacquerie, vinssent te voir avant ton départ, ne fût-cee que pendant vingt-quatre heures. Au reste, j’en parle un peu au hasard de ma parlotte qui ne sait pas toujours ce qu’elle dit. Ce que je sais à ne pouvoir jamais me tromper, c’est que je t’adore et que je te vénère autant que je t’admire. De mon côté, je vais employer les quelques jours qui me restent à compléter mes petites provisions, y compris celles de BOUCHE auxquelles Suzanne tient comme à ses petits boyaux. Demainf, s’il ne pleut pas, j’ai rendez-vous avec Madame Berru après son déjeuner pour aller aux bons endroits des bonnes choses et du bon marché. Il paraît que nous ne serons que trois à table ce soir puisque ton petit Victor nous fait faux bondg et que Madame Charles n’est pas encore en état de reprendre sa place auprès de toi. Je la plains et je remercie Dieu de me favoriser comme il l’a fait jusqu’à présent.
1 Victor Hugo et Juliette Drouet ne quittent Bruxelles que le 3 novembre. Ils arrivent à Guernesey le 6.
a « s’était donnée ».
b « quel bachanal ».
c « quel essouflement ».
d « couvert ».
e « ne fusse ».
f « demains ».
g « faux bon ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle a un petit-neveu, et Hugo une petite-fille.
- 19 avril-7 maiL’Homme qui rit.
- 27 maiNaissance de son petit-neveu René, fils de Louis Koch.
- 5 août-3 novembreVoyage en Belgique, en Suisse et sur les bords du Rhin.
- 29 septembreNaissance à Bruxelles de Jeanne, fille de Charles Hugo et de sa femme Alice.
