« 14 septembre 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 360-361], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d4182e567, page consultée le 01 mai 2026.
Jersey, 14 septembre 1853, mercredi après-midi, 1 h.
Quel que soita mon peu de sympathie et d’affinité avec les ESPRITS, pour peu que ton commerce avec l’autre monde continue, je serai forcée de me joindre à eux pour avoir la chance de te voir quelquefois. Ce n’est pas du reste une pensée qui me répugne ou qui m’afflige ; cette vie n’est pas tellement attrayante pour moi, qu’il faille me solliciter beaucoup pour en sortir. En cela comme en toute chose, il n’y a que le premier pas qui coûte. Laisse-moi faire le premier pas et tu verras avec quelle simplicité j’achèverai le reste de ma route. Quant à vos diableries, j’y vois pour l’avenir plus d’inconvénient que de plaisir quelles queb soient d’ailleurs vos convictions personnelles et collectives. Je m’explique mal mais je sens que ce passe-temps a quelque chose de dangereux pour la raison, s’il est sérieux, comme je n’en doute pas de ta part, et d’impie pour peu qu’il s’y mêle la moindre supercherie. Quant à moi, je ne veux pas me livrer à cette curiosité téméraire. J’ai d’ailleurs assez d’autres tablatures1 ici-bas sans aller chercher parmi les spectres.
Juliette
1 Tablatures (vieilli) : ennuis, soucis.
a « quelque ».
b « quelque ».
« 14 septembre 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 362-363], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d4182e567, page consultée le 01 mai 2026.
Jersey, 14 septembre 1853, mercredi après-midi
Je n’ai pas le cœur content, mon pauvre bien-aimé, cela tient probablement à mon état physiquea. Tant que mon matérialisme personnel persistera, il me sera difficile de ne pas en éprouver tous les besoins, parmi lesquels le premier de tous, et celui qui les résume tous, le besoin de te voir et de VIVRE avec toi. Si je n’étais qu’une âme, je m’accommoderais probablement des deux ou trois souvenirs ou aspirations que tu m’accordes par jour, mais comme je suis encore le reste d’une femme qui t’aime par tous les sens à la fois, il s’en suit que je me trouve très mal de ce régime d’OMBRE1. Aussi, aujourd’hui, je suis pleine de découragement et d’amertume et je donnerais ma vie pour un des poils roussis de la perruque de Racine2. Cependant, je ne veux pas te quitter sans t’avoir souri, ne fût-ceb que du bout de la plume. En somme, si tu es heureux, il ne faut pas chicaner sur les moyens. Amuse-toi avec les esprits de tous les mondes puisque tel est ton plaisir et laisse-moi m’ennuyerc seule, puisque condamnée de toute éternité.
Juliette
1 Victor Hugo donnait à Juliette Drouet les premiers procès-verbaux de certaines séances de tables parlantes à recopier (Jean-Marc Hovasse, op.cit., p. 213 ; Victor Hugo, Le Livre des Tables, Les séances spirites de Jersey. op. cit., p. 27). Juliette copie celui de la séance du 13 septembre 1853 qui débute par la manifestation de « l’Ombre » (ibid., p. 71).
2 Au cours de cette même séance du 13 septembre 1853, l’esprit de Racine apparaît (ibid., p. 86).
a « phisique ».
b « fusse-ce ».
c « m’ennuier ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.
- 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
- 21 novembreChâtiments.
