28 juillet 1874

« 28 juillet 1874 » [source : BnF, Mss, NAF 16395, f. 148], transcr. Véronique Heute, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d2996e848, page consultée le 01 mai 2026.

XML

J’ai cru remarquer, mon cher bien-aimé, que tu étais triste, ennuyéa hier soirb en me quittant et j’en ai cherché la cause. Je crois l’avoir trouvée dans ta trop grande bonté pour tout le monde qui t’attire tout à la fois les noires ingratitudes de ceux-ci et les provocantes importunités de celles-là. De là les déceptions et les tiraillements de ta vie, mais que faire à cela ? Le remède, s’il y en avait un, serait pour ta généreuse et galante nature pire que le mal. Tu as besoin d’obliger tous ceux qui s’adressent à toi et tu aimes le marivaudage, quel qu’ilc soit, même de raccroc. De là les dégoûts et les tiraillements de ta vie et de mon cœur. J’ai beau m’appliquer à y devenir indifférente et tâcher de les ignorer, je n’y parviens pas. Et quand bien même j’arriverais à ce triste résultat, tu n’en serais pas plus tranquille, ni plus heureux pour cela, ni plus libred, car les tentations se suivent et se ressemblent au point d’irriter ton désir au lieu de le satisfaire. Tu as beau jeter ton bonheur et le mien dans ce tonneau des Danaïdes, tu ne parviendras jamais à le remplir assez pour y trouver une goutte de ce plaisir dont tu voudrais t’abreuver avidemente. Tu n’es pas heureux, mon pauvre trop aimé, je ne le suis pas plus que toi. Tu souffres de la plaie vivef de la femme qui va s’agrandissant toujours parce que tu n’as pas le courage de la cautériser une fois pour toutesg. Moi je souffre de t’aimer trop. Nous avons chacun de notre côté un mal incurable. Hélas ! qui sait si nous ne l’emporterons pas avec nous au-delà de cette vie ? Cette that is [the] question est horrible !


Notes manuscriptologiques

a « ennuié ».

b Louis Guimbaud, Paul Souchon et Massin écrivent « hier au soir ».

c « quelqu’il ».

d « ni plus libre » ne figure pas dans Louis Guimbaud, Paul Souchon et Massin.

e « avidemment »

f Le signe + est apposé entre les deux lignes.

g « toute ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

ils emménagent rue de Clichy. Elle ignore que la liaison avec Blanche, qui n’est plus à leur service, continue.

  • 19 févrierQuatrevingt-treize.
  • 29 avrilIls emménagent 21 rue de Clichy.
  • OctobreMes fils.