7 avril 1853

« 7 avril 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16373, f. 355-356], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d21515e524, page consultée le 01 mai 2026.

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Bonjour, mon Victor, bonjour, mon amour bien-aimé, bonjour et Charlot aujourd’hui, dût le jeune Toto1 recevoir plusieurs piles. De votre côté, mon cher petit homme, je vous supplie de ne pas venir avant sept heures moins un quartb de minutes ce soir car il y va de mon bonheur ce qui vaut la peine que vous preniez votre temps. Maintenant que vous êtes averti j’espère que vous ne me ferez pas la mauvaise plaisanterie de venir une seconde plus tôt. Voime, voime, vilain monstre, que je vous y prenne et vous verrez comment je plagie le beau Charles dans le genre PILE. En attendant ne travaillez pas trop pour votre pauvre cœur. Je vous permets tout, excepté de souffrir. Oui, mon cher petit homme, je te permets tout et même le RESTE plutôt que de te voir souffrir ou malheureux. Aussi si tu m’en crois tu t’arrêteras un peu aujourd’hui ne fût-cec que le temps de reprendre haleine. J’espère que tu auras enfin quelques nouvelles significativesd d’Hetzel aujourd’hui dans un sens ou dans un autre mais je serais bien heureuse si elles étaient telles que tu les désires. D’ici là, mon Victor, je t’aime de toutes mes forces et je t’attends de toute mon âme.

Juliette


Notes

1 François-Victor Hugo, qui, comme le reste de la famille, attend impatiemment l’arrivée de son frère Charles Hugo.

Notes manuscriptologiques

a « mars ».

b « quard ».

c « fusse-ce ».

d « quelque nouvelle significative ».


« 7 avril 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16373, f. 357-358], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d21515e524, page consultée le 01 mai 2026.

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Et moi aussi, mon cher petit homme, j’ai une heureuse petite nouvelle personnelle à ajouter à l’immense bonheur que je me permets de partager avec toi, le retour de ton fils Charles. Voici ce que c’est : mon neveu1 a remporté le prix d’excellence en rhétorique du semestre de Pâques. Je m’en réjouis pour le père et pour la mère qui doivent attacher une importance très grande au succès de leur unique enfant. Quant à moi j’en suis d’autant plus heureuse que cette bonne nouvelle s’ajoute au retour de ton Charlot. Je n’ai pas voulu me coucher sans t’avoir fait part de ma petite satisfaction particulière. D’aborda parce que cela me donne le prétexte de t’aimer chemin faisant, occasion que je saisis toujours avec trop d’empressement. Maintenant, mon amour, je voudrais que tu ne laissesb plus aucun de tes enfants courir le même affreux risque2 que celui auquel vient d’échapper si heureusement ton beau Charlot car tu sais le proverbe : tant vont les honnêtes gens en France que Cayenne3 finit par s’emplir. Je n’ajoute à cette citation que le cri de mon cœur : je t’adore.

Juliette


Notes

1 Mon neveu : Louis Koch (1835-1912), fils de Renée, sœur de Juliette, et de Louis Koch. Il deviendra professeur agrégé d’allemand et sera en 1903 le premier conservateur du musée de la Maison de Victor Hugo, place des Vosges à Paris.

2 Parti à Caen se perfectionner dans la technique photographique auprès d’Edmond Bacot, Charles eut des démêlés avec la police qui mène des perquisitions. Hugo note dans ses carnets : « Voyage de mon fils Charles à Caen. On vient par deux fois pour l’arrêter comme “faisant partie d’une société secrète” » (Massin, t. VIII, p. 1116).

3 Cayenne, en Guyane, est l’un des lieux de déportation de l’époque.

Notes manuscriptologiques

a « Dabord ».

b « laisse »

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.

  • 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
  • 21 novembreChâtiments.