« 27 mai 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 89-90], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d21124e2111, page consultée le 01 mai 2026.
Jersey, 27 mai 1853, vendredi matin, 7 h. ½
Bonjour, mon cher petit bien-aimé, bonjour mon doux adoré, bonjour mon pauvre génie de somme, bonjour, comment vas-tu ce matin ? As-tu pu dormir seulement ? T’en aura-t-on laissé le temps ? Et cette affaire Zéno, Pénélope et Hetzel1 touche-t-elle enfin à son terme ? Pauvre, pauvre sublime piocheur, je te plains autant que je t’admire et je t’adore encore plus que ces deux choses à la fois. Depuis hier, je me fais un remords de t’avoir fait des objections pour mettre tes lettres à la poste. Dieu sait que ce n’était pas à toi à qui je les adressais, mais à ton groupe mâle qui me paraît quelquefois un petit peu trop insouciant de tes soucis et de tes embarras. Après cela, j’en juge à distance et dans des circonstances où ma paresse personnelle est intéressée, sans parler de ma répugnance à sortir seule le soir par la VILLE. Aussi, ces pauvres enfants, je me hâte de les dégager de l’accusation suggérée par ma mauvaise humeur. D’ailleurs, c’est un besoin pour moi de bougonner, mais c’en est un encore plus grand de les aimer tous pour savoir où placer dignement l’excédenta de mon amour pour toi. Je te baise pieusement sur tes pieds divins et je mords irrespectueusement le bout de votre nez de Toto.
Juliette
1 Ce jour-là Hugo rompt avec l’éditeur jersiais Zéno qui devait imprimer l’édition complète et clandestine de Châtiments et demande à Hetzel que soient imprimées en Belgique cette édition et l’édition publique tronquée.
a « excédant ».
« 27 mai 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 91-92], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d21124e2111, page consultée le 01 mai 2026.
Jersey, 27 mai 1853, vendredi après-midi, 1 h.
Il faut que tu sois encore bien occupé aujourd’hui, mon pauvre petit homme, puisque tu n’as pas pu donner une seule minute à mon bonheur. Je ne t’en veux pas, mon adoré, mais je t’attends avec une impatience inquiète car j’ai toujours peur que ta santé ne finisse par s’altérer dans ces tiraillements prolongés du travail et des affaires. Où en es-tu de cet embrouillamini belgico-jersiaisa1 ? As-tu pu les souder enfin l’une à l’autre d’une manière satisfaisante et solide ? Ou bien t’es-tu décidé à opterb pour l’une des deux ? De toute façon, il serait bien désirable pour ton repos et pour la santé de la France que ton livre soit imprimé n’importe où, n’importe comment. Quant à moi, je serai soulagée d’une grande inquiétude le jour où je te saurai affranchic de la responsabilité physiqued et matérielle de ce sublime livre. En attendant, je ronge mon impatience et je reçois des visites de jeunes Irlandaises, laides, et je fais de la restitus à mort, occupations peu drôles ensemblee et séparément. Et puis je t’aime, comme si je n’avais jamais fait que cela et je t’adore jusque dans les profondeurs de l’éternité. Maintenant, je vais copier la lettre de Marescqf2. Quel bonheur ! Voime voime, mais j’en aimerais mieux un autre.
Juliette
1 Ce jour-là Hugo rompt avec l’imprimeur éditeur jersiais Zéno qui devait imprimer l’édition complète et clandestine de Châtiments et demande à Hetzel que soient imprimées en Belgique cette édition et l’édition publique tronquée.
2 Le nom de Marescq, libraire à Paris, revient à plusieurs reprises dans la correspondance échangée en 1853 entre Victor Hugo et Hetzel. La Maison de Victor Hugo de Paris conserve une lettre de Victor Hugo à Marescq, en date du 15 janvier 1854, dans laquelle l’exilé évoque ses Œuvres oratoires publiées à Bruxelles, que le libraire parisien aimerait rééditer sous le titre de Discours.
a « belgico-jersiaise ».
b « obpter ».
c « affranchie ».
d « phisique ».
e « ensembles »
f « Maresq ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.
- 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
- 21 novembreChâtiments.
