« 19 mai 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 53-54], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d21124e1175, page consultée le 05 mai 2026.
Jersey, 19 mai 1853, jeudi matin, 8 h. ½
Bonjour, mon cher petit homme, bonjour malgré tous les soucis et tous les embêtements de la vie, bonjour. Je ne demande plus quellesa seront les chances heureuses qui te ramèneront plus tôt auprès de moi aujourd’hui. Je cherche au contraire quellesb seront celles qui te retiendront chez toi encore plus longtemps que d’habitude et je n’ai encore que l’embarras du choix. Le portrait chef-d’œuvre, il y en a déjà une vingtaine, les visites quotidiennes, républicaines, urbainesc et jersiennes, les nouvelles des journaux, les lettres, les brochures et brochant sur le tout, les baigneuses précoces étalant leurs bosses hors de leur cosse, excitant vos gosses les plus féroces et les plus atroces. Quant à votre travail, j’en ai seule le monopole sans hyperbole et même sans faribole à défaut de gaudriole ce qui est assez bestiole pour un homme d’esprit, vraiment vous m’étonnez. Maintenant, c’est à moi d’en prendre mon parti, vous me laissez toute liberté à cet égard et vous êtes vraiment trop bon. Le fait est que si je ne m’en sers pas, ce n’est pas de votre faute, je vous rends cette justice. Que ne puis-je de même vous rendre le bête d’amour que vous m’avez donné, ou plutôt, que je vous ai pris comme le singe du Dumanet1. En laissant mon cœur entre vos griffes. Malheureusement il est rivé à fer, à clous et ne faitd plus qu’un avec ma vie.
Juliette
1 Est-ce une allusion au personnage des théâtres de foire qu’Alphonse Daudet qualifie de « brave Dumanet, un peu empoté, mais plein de bravoure » ?
a « qu’elles ».
b « qu’elles ».
c « hurbaines ».
d « fais ».
« 19 mai 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 55-56], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d21124e1175, page consultée le 05 mai 2026.
Jersey, 19 mai 1853, jeudi après-midi, 1 h.
J’attends patiemment que tu viennes, mon cher petit homme, sans amertume, sans humeur, sinon sans tristesse, ce qui est au-dessus de mes forces, de mon courage et de ma volonté. Tu viendras quand tu pourras, en attendant je vais travailler à mes zaillons puisque tu ne m’as rien donné à faire de plus amusant. Je serais bien contente si tu pouvais avoir quelque bonne nouvelle aujourd’hui qui te fasse oublier celles si déplorables et si maussades du dernier courriera. Quant à moi je n’en ai pasb d’autre à t’apprendre sinon que je t’aime plus que plein mon cœur et plein mon âme. C’est tout à la fois la plus ancienne puisqu’elle date de la première minute où je t’ai vu et la plus récente puisque je la tire à l’instant même de mon cœur sans le secours d’aucun télégraphe sous-marin. J’ai couché cette nuit en compagnie de ta copie et de ton cher petit portrait, autre copie d’un non moins sublime original que l’autre mais qui tenterait moins M. Bonaparte et davantage Madame Eugénie Boustrapate1. Je me suis trouvé très bien de cet entourage et je compte me donner ce plaisir tant que tu le laisseras à ma disposition et puis je te [Un mot illisible.] d’un pôle jusqu’à l’autre.
Juliette
1 L’impératrice Eugénie, par jeu de mots sur la féminisation de « Boustrapa », surnom de Napoléon III.
a « courier ».
b « je n’en n’ai pas ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.
- 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
- 21 novembreChâtiments.
