« 18 mai 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 49-50], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d21124e1084, page consultée le 01 mai 2026.
Jersey, 18 mai 1853, mercredi matin, 8 h.
Bonjour, mon pauvre petit homme, bonjour, mon pauvre dépouillé, bonjour mon sublime dupé, bonjour. J’espère que tu n’auras reçu aucune mauvaise nouvelle d’Hetzel hier1 ? Mais dans tous les cas tu as heureusement ici le remède à tous les maux qui viendraient de cette direction. Pauvre, pauvre bien aimé, je ne peux pas penser à toi sans que mes entrailles ne s’émeuvent de pitié et d’admiration car rien n’est plus triste que de te voir toujours sur la brèche, tantôt pour la famille, tantôt pour la France, et souvent hélas pour les parasites de l’espèce Landolphe2. Mais rien aussi n’est plus admirable que de voir ton courage et ta sérénité inaltérable tout le temps que durenta la lutte et les épreuves de toutes sortes. Je te dis mal mon admiration et ma tendresse, mais ce n’est pas la faute de mon cœur qui s’acquitte de ces deux choses mieux que mon esprit. Ô je t’aime, mon sublime éprouvé, je t’adore mon divin bien-aimé.
Juliette
1 Allusion aux vicissitudes du projet éditorial des Châtiments.
2 Pierre-François Landolphe (1809-1889), très lié à Louis Blanc, député de la Montagne, doit s’exiler en Angleterre en 1849, puis à Guernesey.
a « dure ».
« 18 mai 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 49-50], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d21124e1084, page consultée le 01 mai 2026.
Jersey, 18 mai 1853, mercredi après-midi, 2 h.
Je suis triste de t’avoir vu triste, mon pauvre doux adoré, je suis tourmentée de te sentir souffrant, je suis malheureuse de mon impuissance à te soulager en rien dans toutes les déplorables circonstances de ta vie. Ce n’est pourtant pas le courage, le dévouement et l’amour qui me manquent. Mais jusqu’à présent, je n’ai jamais su les employera utilement pour ton service, pour ton repos et pour ton bonheur. Peut-être aussi n’est-ce pas tout à fait de ma faute et si tu y mettais un peu de bonne volonté de ton côté, parviendraisb-je à tirer de mon cœur un peu de tout l’amour qu’il contient pour toi. En attendant, mon pauvre adoré, tu souffres, tu te fatiguesc et tu te tourmentes et tu t’indignes avec trop de raison contre ces nouvelles épreuves inattenduesd qui fondent sur toi. Malheureusement je ne peux que t’aimer, t’aimer et puis encore t’aimer ce que je fais avec tout mon cœur et toute mon âme et avec le regret amer de savoir que cela ne peut te servir à rien.
Juliette.
a « emploier ».
b « parviendrai ».
c « fatigue ».
d « inatendues ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.
- 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
- 21 novembreChâtiments.
