5 juin 1864

« 5 juin 1864 » [source : BnF, Mss, NAF 16385, f. 155], transcr. Marie-Laure Prévost, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d19e191, page consultée le 01 mai 2026.

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Rebonjour, mon cher petit homme, et amour sur la terre et au ciel. J’espère que tu auras passé une meilleure nuit que la mienne, ce qui ne t’aura pas été difficile pour peu que tu n’aies eu ni insomnie ni colique comme moi1. Fichtre il n’est rien de telle qu’une Juju quand elle se met en train de pilulesa. Maintenant je me plains de ce que la MARIÉE est trop belle. Depuis trois heures du matin je me tords dans des souffrances carabinées. C’est probablement ce que Corbin a voulu prédire et il peut se vanter d’avoir réussi : aïe, aïe, aïe2, il faut bien que j’y aille. Je te souris entre deux grimaces pour ne pas perdre courage. D’autant plus que ce n’est rien – et qu’il n’y paraîtra plus je l’espère tantôt. Pour le moment ça n’est pas amusant. Je t’ai dit qu’on avait apporté les tapis hier soir à la maison là bas et qu’on doit venir les poser demain. Ce sera la fin des fins et je pourrai entrer dans ma maison dès que l’odeur en sera supportable, c’est-à-dire à la fin de cette semaine ou commencement de l’autre. En attendant Marquand, qui s’était désinvité de nos dîners sous prétexte de la maladie de sa femme, s’est réinvité hier sans autre motif que son caprice. Cela étant nous l’aurons à dîner mardi prochain [illis.]. Je suis charmée pour toi, pour ton fils et pour [moi][Fin de la ligne illisible.] Je te gribouille tout ceci à BÂTON ROMPU, mon cher petit homme, et sans trop savoir ce que je dis tant je suis troublée jusque dans mes profondeurs. Je sais que je t’aime et que je suis [forcée] de vouloir te le prouver dans ce moment-ci au lieu (quel mot !) d’aller me cacher dans le fin fond de mes appartements et d’attendre que mes tiraillements soient apaisésb c’est ce que je vais faire(shockingc, improper) puis je reviendrai vous baiser si vous n’êtes pas trop dégoûté de mes [illis.].

J.


Notes

1  Dans son carnet, à la date du 5 juin 1864; Victor Hugo ne donne qu’une information, celle de la santé de Juliette : « JJ. Purgatif. Indigestion. Mauvaise nuit. Mauvaise journée. » (CFL, t. XII, p. 1460)

2  Il semble bien que Juliette connaît cette caricature de Victor Hugo, datable de 1832 environ, représentant un personnage en robe de chambre se tenant le ventre en disant « aïe! aïe! aïe! » (BnF, Mss, NAF 13355, f. 39 (4) ; CFL, t. Victor Hugo, Œuvre graphique, I, 63).

Notes manuscriptologiques

a « pillules ».

b « appaisés ».

c « choquing ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle emménage dans Hauteville II, que Hugo achète pour elle, et dont il soigne la décoration.

  • 14 avrilWilliam Shakespeare.
  • 16 avrilAchat du 20, Hauteville pour Juliette, qui y emménagera deux mois plus tard. La famille Hugo y avait résidé avant d’emménager à Hauteville-House. Juliette en avait signé le bail de location le 19 mai 1863.
  • 5 maiPar testament, Juliette Drouet institue Victor Hugo son légataire universel, et à défaut, les enfants de ce dernier. Elle nomme Victor Hugo son exécuteur testamentaire, et à défaut, Charles, puis François-Victor.
  • 15 juinPremière nuit de Juliette Drouet au 20, Hauteville.
  • 25 juilletElle pend la crémaillère dans sa nouvelle maison.
  • 15 août-26 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.