« 19 novembre 1850 » [source : Leeds, BC MS 19c Drouet/1850/48], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d17344e1768, page consultée le 02 mai 2026.
19 novembre [1850], mardi matin, 9 h.
Bonjour mon bien-aimé, bonjour mon cher petit-homme, bonjour. Je suis toujours bien blaireuse et j’ai passé la nuit tout à fait blanche. Il m’est impossible de m’habituer à cette médecine. Plus j’en prends moins je la digère et moins elle agit. Je n’en tire absolument qu’un affreux mal de cœur et un malaise général sans autre résultat concluant. C’est par trop bête et je compte le dire demain au célèbre Künckel.
En attendant, mon pauvre doux adoré, je t’ai brusqué hier comme si tu en étais la cause. Heureusement que j’espère être débarrasséea aujourd’hui de toutes ces coliques et de toutes ces nausées pour quand tu viendras. J’espère te rabibocher d’une bonne fumigation sur place avec tes deux pieds devant un bon feu n’importe à quelle heure, surtout maintenant que je sais que tu peux les prendre à touteb heure. Ne te gêne pas, mon adoré, car je n’aurai pas toujours une médecine entre cœur et ventre et j’ai toujours mon amour à ton service. Seulement je te prie de ne rien changer à nos habitudes. Tous ces pseudonymes de bonhomme Roussel, de [papier ?], de [Chapot ?] [Chopot ?] m’embrouillent et me font chercher midi à quatorze heures. Chaumontel répond à tous les besoins et simplifie beaucoup de questions. Je te supplie de ne pas me changer cet homonyme sous le prétexte fallacieux de garder l’anonyme sous toutes sortes de parties androgynes que je devinec à ta mine [lybidine ?] quoique fine.
Demain je reprends mes courses échevelées avec vous quelque temps qu’il fasse. Aujourd’hui la prudence me retient au logis mais demain je dis zut à la colique et au mal de cœur et je reprends mon métier de caniche interrompu par le brouillard et la médecine. Tâchez de votre côté de ne pas venir si tard que d’habitude afin de rester un peu plus longtemps dans votre atelier afin que j’en profite, de vous, chemin et gribouillis faisant.
Juliette
a « débarassée ».
b « tout ».
c « devines ».
« 19 novembre 1850 » [source : Leeds, BC MS 19c Drouet/1850/49], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d17344e1768, page consultée le 02 mai 2026.
19 novembre [1850], mardi matin, 11 h.
Que voulez-vous qu’une pauvre Juju couchée, grognon et malingre vous dise, mon amour, sinona de vous parler de tous ces maux et de tous ces SOUPIRS de travers ? Je n’ai pas l’imagination assez MONTÉE pour vous parler d’autres choses. Il faut donc en prendre votre parti et vous résigner à cette littérature malade et malsaine. Vous vous en dédommagez d’ailleurs en compagnie du BONHOMME ROUSSEL et de son AUGUSTE FAMILLE.
J’ai écrit ce matin à la jeune Louise1 pour l’inviter à dîner à Sablonville avec ces deux grandes pensionnaires musiciennes de la part des bons Montferrier. Dans le cas où elle accepterait elle irait de son côté, seulement je la ramènerais le soir. La Godillon y sera, c’est ce qui fait qu’on désire entendre les deux virtuoses allemandes. Si vous aimiez la musique ou plutôt si vous ne la détestiez pas je vous aurais prié d’y venir dîner en sortant de la Chambre. On vous aurait attendu avec joie. Mais vous n’aimez pas les gargouillades et je n’ai pas la persuasion entraînante et irrésistible du BONHOMME ROUSSEL. C’est ce qui fait que je ne vous invite pas. C’est lâche mais humiliant. Taisez-vous.
Je vais me lever pour faire diversion à cette colique latente qui n’aboutit pas. Décidément, cette médecine ne me réussit pas, il faudra que j’y renonce car elle me fait plutôt mal que bien. Le sirop et la pommadeb me font plus d’effet et sans me faire souffrir, ce qui est encore mieux. On dirait que le temps veut se lever. Ce serait à désirer à cause de la pleine lune aujourd’hui, ce qui nous donnera une phase de beaucoup de mauvais temps pendant huit jours selon le vent d’aujourd’hui. Cette [observation ?] météorologiquec m’intéresse à cause de vous et de votre gorge, mon cher petit souffrant, et je serais très contente qu’il fît beau assez longtemps pour vous guérir tout à fait. Je voudrais que vous n’ayez plus aucun mal que celui de m’aimer parce que je tâcherais de le rendre aussi incurable que le mien.
Juliette
1 Vraisemblablement Louise Rivière .
a « si non ».
b « pomade ».
c « météréologique ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo compose de nombreux dessins dans l’atelier qu’il a installé chez elle
- 15 janvierDiscours de Hugo sur la liberté de l’enseignement.
- 5 avrilDiscours de Hugo contre la déportation.
- 18 maiAngelo tyran de Padoue est repris pour 14 représentations et 5 en 1851. La distribution est la suivante : Beauvallet est toujours Angelo, Maillart remplace Geffroy dans Rodolfo, Maubant remplace Provost dans Homodei. Les deux sœurs Félix jouent respectivement Catarina (Rebecca) et la Tisbé (Rachel).
- 21 maiDiscours de Hugo sur le suffrage universel.
- 9 juilletDiscours de Hugo sur la liberté de la presse.
- 4 décembreHugo, qui souffre de maux de gorge depuis plusieurs mois, se fait opérer de la luette.
