« 13 mars 1851 » [source : BnF, Mss, NAF 16369, f. 51-52], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d16541e799, page consultée le 01 mai 2026.
13 mars [1851], jeudi matin, 8 h.
Bonjour, mon Victor, bonjour, puisse ta nuit avoir été meilleure que la mienne. Quelle horrible nuit, mon Dieu ! Je ne sais pas ce que je n’aimerais pas mieux que cette nuit sans un quart d’heure de vrai sommeil. J’avais pourtant pris une de tes pilulesa mais je crois que si cela coupe la toux, cela n’influe en aucune manière sur le sommeil à moins que ce ne soit dans le sens favorable à l’insomnie. Enfin je suis fatiguée et si agacée ce matin que je ne sais quelle attitude prendre dans mon lit tant je suis impatientée et énervée. Pour me calmer je prends le parti de t’écrire cetteb espèce de compte-rendu diafoirique1 et peu narcotique parce que chemin faisant je te glisserai quelques bonnes tendresses à ton adresse, chose qui m’a toujours réussi dans mes accès de rage physique et morale. Je vous ferai remarquer aussi que je vous écris avec la pointe d’une épingle ce qui ne rend pas mon style plus piquant mais ce qui me donne des airs de maîtresse d’écriture qui flatte mon amour-propre de calligraphe. Voime, voime, en 25 leçons. C’est à mettre dans un tableau à cadenas et s’en faire 20 mille livres de rente. En attendant je ne suis pas fâchée de vous humilier dans votre orgueil d’écrivain public. C’est toujours autant de gagné. Il est probable que je prendrai mon courage et ma plume à deux mains tout à l’heure pour écrire à ce pauvre Vilain qui doit s’amuser comme deux malades et travailler comme trois morts là-bas, si j’en juge par les bonnes dispositions dans lesquelles il est parti. Pendant ce temps-là, dormez, vieux Toto, et ne vous réveillez que lorsque vous n’aurez rien de mieux à faire qu’à venir me voir et à m’aimer. Je vous attends, je vous aime, je veille, je bisque, je rage.
Juliette
1 Allusion à la famille Diafoirus du Malade imaginaire.
a « tes pillules ».
b « cet espèce ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle apprend la liaison de Hugo avec Léonie Biard (qui dure depuis 7 ans), et le sauve quand il est recherché par la police après le coup d’État.
- 1851Hugo visite les caves de Lille.
- 11 juinCharles Hugo, défendu par son père en cour d’assises, condamné à six mois de prison pour un article contre la peine de mort.
- 28 juinJuliette Drouet reçoit le paquet des lettres d’amour de Hugo à Léonie Biard, que celle-ci lui envoie pour l’informer de leur liaison.
- 17 juilletDiscours de Hugo contre la révision de la constitution.
- 15 septembreFrançois-Victor et Paul Meurice condamnés à neuf mois de prison pour avoir réclamé dans un article le droit d’asile pour les proscrits.
- 21-23 octobreExcursion vers Melun et Fontainebleau.
- 26-27 octobreAutre excursion.
- 2 décembreCoup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte. Hugo est l’un des sept membres du Comité de résistance.
- 11 décembreHugo part en exil, et passe la frontière belge avec un passeport au nom de Lanvin, ami de Juliette Drouet.
- 13 décembreJuliette Drouet rejoint Hugo à Bruxelles en emportant la malle aux manuscrits.
