29 novembre 1853

« 29 novembre 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 496-497], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d16288e1080, page consultée le 02 mai 2026.

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Je ne sais pas comment tu t’y prendras pour revenir ce soir, mon adoré, par l’affreux temps qu’il fait car le tailleur a trouvé charmant de m’envoyer ton machin toch1 chez moi malgré la recommandation que je lui avais faite de l’envoyer chez toi. Cette bévue me privera peut-être du bonheur de te voir, ou ce qui est presque aussi pire, t’exposera à un rhume panaché de coryzaa. Mais qu’y faire ? Suzanne arrive seulement à présent et elle a mal au pied. Il faut donc se résigner à l’inspiration quelle qu’elleb soit, que tu auras d’ici à ton dîner. En attendant j’ai fait toute la besogne de Suzanne y compris le décrottagec de votre pardessus, lequel n’avait pas été brossé depuis que vous l’avez acheté. Maintenant je fonctionne dans la RESTITUS, ce à quoi je m’entends le moins n’en déplaise aux aptitudes variées d’un personnage de Molière qui est à la fois et tour à tour, cocher, cuisinier, valet de chambre, portier et secrétaire2. Quant à moi, je cumule très mal l’emploi de décrotteuse et de Sévigné, de servante et de bel esprit. Aussi j’y renonce et je reste tout bêtement dans la peau d’une Juju qui t’adore.


Notes

1 Jeu de mots sur l’imperméable en caoutchouc Macintosh, inventé en Écosse en 1824.

2 Dans L’Avare, Maître Jacques est à la fois cocher et cuisinier.

Notes manuscriptologiques

a « coriza ».

b « quelqu’elle».

c « décrotage ».


« 29 novembre 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 498-499], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d16288e1080, page consultée le 02 mai 2026.

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J’écoute avec inquiétude la pluie qui tombe, mon pauvre doux bien-aimé, et je me prends à désirer que tu ne viennes pas ce soir tant j’ai peur que tu ne te rendesa malade en t’exposant si souvent au froid et à l’humidité. Aussi c’est du fond de ma plus tendre sollicitude pour ta chère santé qui est ma vie, que je te supplie de ne pas venir ce soir. Je tâcherai de me consoler de ton absence par la pensée que tu es à l’abri auprès de ton feu et je me ferai une joie de mon sacrifice en supposant que, de ton côté, tu me plains et que tu me regrettes peut-être un peu. Tu vois que j’ai fait d’avance tous mes petits arrangements pour rendre mon cœur et mon âme les moins malheureux possible. À demain, donc, cher petit homme, si ce vilain temps ne cesse pas d’ici à un moment et si tu es aussi prudent que je le désire. Du reste tu as joliment bien fait de profiter de la petite gelée d’hier pour faire ta promenade hygiénique. Tu feras bien, mon doux amour, de saisir toutes les occasions qui se présenteront pour te livrer à cet exercice salutaire1. Autant je me prête peu aux COCOTTES autant j’approuve les chevaux, telles sont mes sympathies animales. Sur ce je vous baise comme une tourterelle et je vous aime comme un chien.

Juliette


Notes

1 Hugo pratique l’équitation en prenant des cours auprès du proscrit Félix Bony.

Notes manuscriptologiques

a « rende ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.

  • 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
  • 21 novembreChâtiments.