10 août 1853

« 10 août 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 264-265], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d16207e510, page consultée le 04 mai 2026.

XML

Bonjour, mon bon petit homme, bonjour avec l’espoir de vous voir bientôt, bonjour avec la secrète pensée de vous demander aujourd’hui même un acompte sur les nombreux restitus arriérés que vous me devez. Je crois que vous avez eu tout le temps de fouetter toutea espèce de chiens mâles et femelles et que vous aurez eu la loyauté de me garder aujourd’hui pour moi toute seule. Cependant, je n’en serai bien sûre que lorsque je vous tiendrai en chair et en os. D’ici-là Dieu sait tout ce que vous inventerez pour vous délivrer de l’affreuse corvée de me trimbalerb par monts et par vaux jusqu’à ce soir. Demain, jour de poste et de relâche Juju, quel bonheur !!! En attendant vous vous amusez et vous faites bien. Si je pouvais en faire autant sans vous, je n’y manquerais pas. Malheureusement, c’est tout le contraire, ce dont j’enrage presque autant que vous, ce qui n’est pas peu dire. Ce matin, je me suis évertuée à faire des tours de force nautiques devant vos fenêtres mais vous n’avez pas eu la curiosité d’y regarder, ce dont je vous sais gré. Et puis vous aviez dû vous couchez tard hier, ce qui vous autorise à pioncer la grasse matinée. Dormez donc, mes chères amours1, et laissez-moi rabâcher mon éternel refrain EN ATTENDANT, EN ATTENDANT.

Juliette


Notes

1 « Dormez donc, mes chères amours », romance à une ou deux voix d’Amédée de Beauplan (1822).

Notes manuscriptologiques

a « tout ».

b « trimballer ».


« 10 août 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 266-267], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d16207e510, page consultée le 04 mai 2026.

XML

Si je ne craignais pas que tu te méprennes sur mon silence et si j’étais bien sûre de ne pas me donner le ridicule à tes yeux de me faire PRIER, je me serais abstenue soigneusement de tout gribouillis ce tantôt, tant je suis à court d’idées et même de mots. En vérité, mon pauvre ami, j’ai le cerveau tout à fait vide et quant à mon cœur, impossible d’y toucher sans le faire déborder, ce qui ferait un affreuxa gâchis dont tu aurais beaucoup de peine à te tirer. Aussi, pour ne pas te donner cet embarras, je me résigne à plonger machinalement ma plume dans l’encre et à la laisser courir au hasard à travers choux et pataquès. Tu es averti maintenant, c’est à toi de ne pas la suivre ; tant pire pour toi si tu tombes dans quelque abîme d’ineptie.

En attendant, je ne sais que te conseiller pour ta douleur de pied car les avis des médecins et les tiens sont également partagés pour l’efficacité des bains de mer sur les douleurs rhumatismales articulaires et sur l’inconvénient de l’eau froide et de l’humidité pour ces mêmes douleurs. C’est à toi, mon cher petit homme, à décider la question en suivant ton instinct qui vaudra toujours mieux que toute cette science contradictoire. Pourvu que tu ne souffres pas, je suis prête à adopter tous les systèmes médicaux ensemble ou séparément, telle est ma capacité.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « afreux »

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.

  • 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
  • 21 novembreChâtiments.