« 24 août 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 302-303], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d16207e1223, page consultée le 01 mai 2026.
Jersey, 24 août 1853, mercredi après-midi, 3 h ½
Je viens de m’apercevoir que ta montre ne va plus. Cependant, je l’avais remontée à midi avant d’envoyer la clef chez Goupillot et la voici arrêtée à 2 h. vingt minutes. Il va falloir la renvoyer de nouveau chez Goupillot, ce qui n’est pas drôle à aucun point de vue, car je crains qu’à force de l’arranger, il ne finisse par la déranger à tout jamais. Ajoute à cette contrariété l’impatience de ne pas te voir et tu te feras une idée de la Juju du moment présent. Du reste, je suis si convaincue que tu ne viendras pas, pour me faire sortir du moins, que je ne me suis pas habillée. Je flâne dans ma chambre pour occuper mon temps et puis je te gribouille mes impressions comme si cela était bien nécessaire. Enfin, je me tiens à quatre pour ne pas être horriblement méchante. Quel dommage que madameMISTRESS STWART ne m’ait pas fourni l’occasion de lui flanquer une bonne pile. Avec quelle volupté je me serais livrée à cet exercice hygiénique mais la scélérate a eu l’instinct prudent et n’a fait que frôler la trépignée que je lui préparais. Une autre fois, j’espère que je serai plus heureuse. Jusque-là, je vous attends avec grincement de dents.
Juliette
« 24 août 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 304-305], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d16207e1223, page consultée le 01 mai 2026.
Jersey, 24 août 1853, mercredi après-midi, 4 h.
En veux-tu en voilà du RESTITUS et du plus embêtant et du plus stupide et du plus inepte. J’ai beau vouloir être aimable et avoir de l’esprit comme un chien, je suis bête comme une oie. Ce n’est vraiment pas amusant. À QUI EST-CE QUE JE LE DIS ? Mais encore, ce n’est pas de ma faute. J’ai beau chercher autour de moi quelque chose de bien drôle, je ne vois que Fouyou qui ronfle sur une chaise et mon papier gris taché d’encre qui me sert de buvard. Quant à regarder dans mon cœur, c’est une autre affaire et je ne veux pas d’ailleurs vous dire tout ce qu’il y a dedans pour ne pas vous faire peur. Sachez seulement que vous auriez le droit d’être un COQUIN bien heureux si j’avais quelque vingt ans de moins. NE L’AVANT PAS, votre fatuité doit se gonfler médiocrement. Aussi, vous voyez que je me rends justice et à vous aussi. J’aurais presque eu envie de sortir pendant le soleil. Plus tard je ne m’en sens plus l’envie et je trouve qu’il fait trop froid. Il faudra absolument que je prenne sur moi de me promener hygiéniquement de 2 à 5 h. Cela te donnera plus de temps pour tes portraits1 et pour tes affaires et nous ne nous en trouverons que mieux peut-être tous les deux. En attendant, je t’aime et je te souris, ce qui est assez crâne pour une Juju maussade.
1 Hugo pose pour l’atelier photographique de son fils Charles et de Vacquerie.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.
- 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
- 21 novembreChâtiments.
