« 23 août 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 298-299], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d16207e1136, page consultée le 05 mai 2026.
Jersey, 23 août 1853, mardi matin 8 h.
Bonjour, mon ineffable bien-aimé, bonjour, mon cher petit adoré, bonjour, mon grand SIESTEUR…FUTUR, bonjour. Nous verrons comment vous vous endormirez sur le rôti dans les pays chauds. Jusqu’ici vous êtes un peu transia, mais l’île et la température vous le permettent sans déshonneur. En attendant, je cherche mes puces, besogne laborieuse par les chiens et les chats qui pullulentb autour de moi. Et je regarde tomber la pluie, occupation mélancolique s’il en fut.
Je n’ai pas pris de bain et je crois que tu seras prudent en n’en prenant pas aujourd’hui. Le temps est tout à fait froid et goutteux. Quant à moi, j’éternue avec un nouvel emportement malgré une bouteille d’eau chaude aux pieds et toutes les fenêtres fermées. J’ai la fièvre et tous les grelottements d’un rhume monstre. Aussi, mon rire est-il un peu enroué et mes tendresses comiquement enchiffrenées1. Mais à moins de m’abstenir de tout RESTITUS, je ne peux m’offrir que telle que me fait mon coryzac chronique. D’ailleurs pour l’usage que vous en faites, c’est toujours assez bon. BAINTENANT BAISEZ-BOI ET AIBEZ-BOI si vous en avez le temps et la faculté.
Juliette
1 Enrhumées.
a « transis ».
b « pululent ».
c « corizza ».
« 23 août 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 300-301], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d16207e1136, page consultée le 05 mai 2026.
Jersey, 23 août 1853, mardi après-midi, 2 h.
J’ai fait faire ta commission au colonel Caillaud1 que Suzanne a trouvé en train de se lever. Il t’a fait beaucoup remerciera en attendant qu’il puisse le faire lui-même dès que le temps et ses forces le lui permettront. Quant à moi, je n’ai pas eu autant de chance pour mes commissions, ce qui ne m’étonne pas avec l’espèce de demi-imbécileb que j’ai à mon service. Il s’agissait d’affranchir deux lettres pour Paris. Elle a trouvé moyen, par je ne sais quelle stupidité, de les faire aller par Londres et de me faire payer huit ou dix sous de plus. Sans compter que j’ai tout lieu de craindre que ces pauvres lettres n’arrivent pas une fois enfoncées dans tout ce margouillis d’Iroquois et d’Anglais. Enfin, il n’y a plus moyen de l’empêcher, ce qui ne calme nullement ma rage mue2 et mon impatience furieuse. Ajoutes-y la visite de la mère Babot plus saoule que trois Polonais, s’obstinant à vouloir me donner de la raie quand j’ai un maquereauc tout entier. Tout cela joint à une odeur infecte que répand cette pauvre ivrognesse autour d’elle et tu verras que j’ai le droit d’être indécrottabled, aussi le suis-je de tout mon cœur. Je vous attends pour reprendre mon calme et ma SÉRÉNITÉ et vous baiser à bec que veux-tu ?
Juliette
1 Lieutenant-colonel de la garde républicaine, Jean-Marie Caillaud participe à l’insurrection du 3 décembre 1851. Un chapitre lui est consacré dans Histoire d’un crime (Cahier complémentaire, « Caillaud »). Ce « beau vieillard, à cheveux blancs, barbe et moustache blanches » est emprisonné à Bicêtre, puis à Ivry, avant d’être expulsé à Jersey.
2 Forme de la rage où l’animal qui est atteint de cette maladie écume, mais ne crie ni ne mord.
a « remercié ».
b « imbécille ».
c « macreau ».
d « indécrotable ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.
- 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
- 21 novembreChâtiments.
