25 octobre 1874

« 25 octobre 1874 » [source : BnF, Mss, NAF 16395, f. 233], transcr. Véronique Heute, rév. Florence Naugrette et de Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d15745e1201, page consultée le 07 août 2026.

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Bonjour, mon grand bien-aimé adoré, puissesa-tu avoir passé une aussi bonne nuit que la mienne et n’avoir plus de bobo du tout. Je viens de lire, et j’en suis encore tout émue, ta biographie par Jules Claretieb ; ta rentrée en France surtout m’a fait pleurer comme si j’y étais encore, tant le souvenir de ce douloureux parcours de la frontière à Paris est toujours présent à ma mémoire. Chaque fois que ce souvenir se représente, j’éprouve le même serrement de cœur comme si je voyais encore tes larmes filtrant à travers tes doigts crispés voulant les retenir et les dissimuler à tous ceux qui t’entouraient et qui se taisaient par respect et par tendresse devant ton inexprimable désespoir. J’ai retrouvé toutes ces terribles émotions en lisant les pages de Claretiec1, comme j’ai ressentid tous les tendres apaisementse que Dieu t’a laissésf avec Petit Georges et avec Petite Jeanne. Qu’ils soient à jamais bénis et heureux, ces chers petits êtres doublement tes enfants et ils le seront, car la bonté et la justice de Dieu t’accorderontg assez de jours pour les initier à la vie de l’homme et de la femme. C’est dans cet espoir, mon grand et sublime éprouvé, que je te prie de te ménager et d’avoir bien soin de toi afin de vivre bien longtempsh pour eux, pour l’humanité tout entière et pour moi qui t’adore. Tu sais que je garde comme une relique la bouchée de pain dans laquelle tu as mordu et dont parle Claretiei. On la retrouvera à ma mort parmi les choses les plus précieuses qui me viennent de toi. Edgarj Quinet t’a écrit une lettre bien noble et bien tendre sur Mes fils et sur toi. Moi je te bénis.


Notes

1 Jules Claretie vient de publier un éloge de Hugo dans Portraits contemporains. Il raconte notamment une anecdote sur son entrée en France le 4 septembre 1870, où il l’accompagnait : « À Tergnier, à six heures et demie, nous avons dîné d’un morceau de pain, d’un peu de fromage, d’une poire et d’un verre de vin. Claretie a voulu payer et m’a dit : “Je tiens à vous donner à dîner le jour de votre rentrée en France.” » (Carnets manuscrits 1870-1871, 5 septembre 1870 ; BnF, Mss, NAF 13470, f. 20r). Ce morceau de pain a été conservé.

Notes manuscriptologiques

a « puisse ».

b « Clartie ».

c « Clartie ».

d « ressentie ».

e « appaisement ».

f « laissé ».

g « t’accordera ».

h « long-temps ».

i « Clartie ».

j « Egard ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

ils emménagent rue de Clichy. Elle ignore que la liaison avec Blanche, qui n’est plus à leur service, continue.

  • 19 févrierQuatrevingt-treize.
  • 29 avrilIls emménagent 21 rue de Clichy.
  • OctobreMes fils.