« 3 avril 1869 » [source : BnF, Mss, NAF 16390, f. 92], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d15227e109, page consultée le 01 mai 2026.
Guernesey, 3 avril [18]69, samedi matin, 7 h.
Bonne nuit encore, mon cher adoré, et toi aussi, n’est-ce pas ? Tout le monde est déjà sur pied chez moi, y compris les ouvriers qui arrivent sans tenir compte de la pluie qui leur tombe sur le dos. Décidément ce poulailler est enguignonné depuis le premier clou jusqu’au dernier. Ma cocotte aussi, car elle oscille entre le mieux et le pire sans pouvoir ni vivre, ni mourir. Il n’y a que Gavroche et Fouyou qui soient en bon état et encore… Dieu sait ce qu’il leur manque ! Je suis curieuse de savoir ce que sera ton courrier d’aujourd’hui et qu’elle sera la ZURBRISSE nouvelle et de plus en plus étonnante du [illis.] SI DIGNE DE CE NOM ! Il est impossible que tu n’en entendes pas parler [illis.] lui-même, soit par tes amis. Cette muscade1 monstrueuse ne peut s’escamoter sans qu’on la voie passer. Tes lettres et les journaux d’aujourd’hui doivent en contenir quelque chose qui ne peut manquer d’être intéressant2. En attendant leur arrivée, ma curiosité se permet toutes les conjectures. J’espère que ce sont les meilleures qui seront les vraies. [illis.] continue d’être le plus muet des commis. Est-ce Pologne ? Est-ce folie3 ? L’un et l’autre, et pot-bouille aussi. Quant à moi, j’admire médiocrement ces vertus romaines de la rue Saint-Denis faites d’égoïsme et d’ingratitude. Si j’ai tort, tant mieux, je ne m’en repends pas. Telle est ma profession de foi diurne, tant pis si elle offusque vos sentiments réacs.
1 « Nom donné par les escamoteurs à une petite boule dont ils se servent pour leurs tours de gibecière » (Larousse).
2 Vraisemblablement, Juliette évoque Lacroix et la publication de L’Homme qui rit. Dans une lettre du 25 mars 1869, Meurice informe Hugo que « L’Homme qui rit sera donné pour rien, en primeur et en prime, à tout acheteur qui prendra ou s’engagera à prendre pour 100 francs de livres au prix fort dans le catalogue Lacroix ». L’éditeur ne respecte pas ses engagements passés avec l’auteur. Victor Hugo écrira à son éditeur le 4 avril : « […] Aujourd’hui vous faites paraître L’Homme qui rit dans des conditions de publications imprévues et inusitées, et qui, en équité, excèdent évidemment votre droit. […] Du reste, en présence du fait insolite auquel donne lieu la mise en vente de L’Homme qui rit, me tenir à l’écart me suffit. Le mode inattendu de publication, adopté par vous pour ce livre, m’étonne, je le déclare, je n’en suis pas solidaire, et je tiens à le dire hautement ».
3 À élucider.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle a un petit-neveu, et Hugo une petite-fille.
- 19 avril-7 maiL’Homme qui rit.
- 27 maiNaissance de son petit-neveu René, fils de Louis Koch.
- 5 août-3 novembreVoyage en Belgique, en Suisse et sur les bords du Rhin.
- 29 septembreNaissance à Bruxelles de Jeanne, fille de Charles Hugo et de sa femme Alice.
