9 mars 1875

« 9 mars 1875 » [source : BnF, Mss, NAF 16396, f. 63], transcr. Véronique Heute, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d14841e461, page consultée le 01 mai 2026.

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Bonjour, je t’aime, il fait beau et j’ai très bien dormi. Qu’avez-vous à dire à cela ? Vous savez nos conventions ? Il faut que tout soit en partie double entre nous : votre doit et mon avoir, afin que le jour des grands comptes venu, il n’y ait aucun déficit entre votre cœur et le mien. En attendant j’y vais de confiance : cœur, corps et âme. Dernières nouvelles : Lecanu plongé dans une admiration sans borne Pour un Soldat1 ! Bérardi, le vrai Béraredi, le seul Béraredi2 t’envoiea son applaudissement penaud et contraint. Madame Robert3, que je n’ai pas amenée, réclame une prompte et intime entrevue, c’est tout4. Mais non ce n’est pas tout. J’ai encore à te remercier pour la grâce ineffablement généreuse et bonne avec laquelle tu m’as accordé ce que je t’ai demandé. Je t’en sais d’autant plus de gré que je sais combien tu es gêné dans ce moment-ci. Mais la détresse de ma garde-robe ne pouvait plus attendre. Merci encore de m’avoir secourue si galamment. Je t’adore.


Notes

1 Hugo intervient le 26 février 1875 pour « un soldat, nommé Blanc, fusilier au 112e de ligne, en garnison à Aix », condamné à mort « pour insulte grave envers son supérieur ». Arguant de la récente clémence du conseil de guerre à l’égard du maréchal Bazaine, traître à la patrie, Hugo argumente pour que soit abolie la peine de mort dans l’armée, à tous les échelons, et non pas à géométrie variable selon la place dans la hiérarchie. L’intervention de Hugo (Actes et paroles, p. 889-891) porta ses fruits : la peine fut commuée à cinq ans de prison, sans dégradation militaire.

2 Juliette prononce le nom du journaliste Berardi avec emphase.

3 Victor Hugo rencontrera Mme Zélie Robert le 12 mars et écrira dans ses Carnets : « Un sergent de ville de la rue de Clichy, à qui Mme Robert a demandé mon numéro, a répondu : – Monsieur Victor Hugo ? Je le vois quelquefois passer avec ses complices. » (Carnets manuscrits 1875, 12 mars ; BnF, Mss, NAF 13479, f. 37r).

4 Victor Hugo enverra un billet à Mme Zélie Robert ce même jour : « Tous les soirs à neuf heures, Madame, (jeudis et dimanches exceptés) et toujours heureux d’être à vos pieds. V.H. » (Lettre autographe, vendue le 6 novembre 2013 à Drouot-Richelieu, salle 16. [Paris], 9 mars [1875] ; 1 page in-12 (219 × 133 mm), avec enveloppe de deuil timbrée, affranchie avec 15 cent. Cérès). Le 19 mars 1875, il lui écrira de nouveau et adressera sa lettre dans une « enveloppe de deuil, […] rue du Bac, Hôtel de Fontainebleau. Cachet : Paris, R. d’Amsterdam, 19 mars 1875 Timbre brun, 15 centimes Cérès ». (Vente du 6 novembre 2013 à Drouot-Richelieu, salle 16).

Notes manuscriptologiques

a « envoi ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

ils font un bref séjour à Guernesey pour récupérer des affaires.

  • 19-28 avrilSéjour à Guernesey.
  • 4 octobreIls vont sur la tombe de Claire à Saint-Mandé.