« 3 avril 1850 » [source : MVH, α 8361], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d14833e346, page consultée le 02 mai 2026.
3 avril [1850], mercredi matin, 8 h.
Bonjour, mon tout adoré, bonjour mon pauvre amour, bonjour. Eh ! bien as-tu pris enfin ce lait de poule ? Quel effet cela t’a-t-il fait ? Ta nuit a-t-elle été moins mauvaise que les précédentes ? Comment vas-tu ce matin ? À toutes ces questions c’est mon inquiétude qui répond et je t’assure qu’elle ne me tranquillise pas beaucoup. Je te sais si insouciant, si porté à l’intempérance du travail, si étranger aux soins les plus ordinaires de la santé que je me tourmente autant pour la moindre indisposition que tu as que pour une maladie sérieuse. Car je sais qu’on peut à force d’imprudence faire une maladie sérieuse d’une légère indisposition négligée. Voilà où j’en suis depuis que je te vois souffrant. Aussi tu penses si j’ai le cœur au Gymnase et au MONK1 ? Moi qui mets toute ma joie, tout mon orgueil, tout mon bonheur dans ton sourire, dans ta santé, dans ton doux regard.
Si je pouvais te faire des jours avec mes années, de la santé avec tout mon sang, du loisir avec mon désœuvrement je le ferais avec une suprême joie. Mais malheureusement je ne peux rien que t’aimer, me tourmenter, souffrir et t’adorer. Toutes choses qui ne te soulagent pas, hélas ! Mon Victor adoré, prends donc sur toi de te soigner et de te reposer, je t’en supplie de toutes mes forces.
Juliette
1 Vaudeville évoqué la veille, à la représentation duquel on ignore si elle s’est rendue.
« 3 avril 1850 » [source : MVH, α 8362], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d14833e346, page consultée le 02 mai 2026.
3 avril [1850], mercredi midi
Je ne comprends pas, mon pauvre bien-aimé, que souffrant comme tu l’es tu t’imposes le devoir de te multiplier à l’académie et à la chambre. Vraiment tu n’es pas raisonnable, au point de vue de ta santé, le seul qui me frappe, le seul qui m’intéresse, le seul au-dessus de tous les autres et de tout le monde. Mais c’est un parti pris chez toi et rien que le mal sérieux et impitoyable ne pourra te faire prendre la moindre précaution pour ne pas aggraver ton indisposition. Je le sens et j’en suis bien malheureuse. Mais qu’y faire, quel moyen prendre de mon côté pour empêcher ce qui arrivera infailliblement si tu ne t’arrêtes pas à temps ? Je n’en vois aucun puisque mes prières et mon inquiétude ne font rien sur toi. Allons donc à la grâce de Dieu tous les deux, aussi bien on ne meurt qu’une fois mais on peut souffrir mille morts par le cœur. J’en sais quelque chose, mon Dieu, et je ne vous en fais pas de reproche puisque c’est votre volonté. Mais épargnez celui qui est plus que ma vie, plus que mon bonheur, plus que votre divin paradis.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo compose de nombreux dessins dans l’atelier qu’il a installé chez elle
- 15 janvierDiscours de Hugo sur la liberté de l’enseignement.
- 5 avrilDiscours de Hugo contre la déportation.
- 18 maiAngelo tyran de Padoue est repris pour 14 représentations et 5 en 1851. La distribution est la suivante : Beauvallet est toujours Angelo, Maillart remplace Geffroy dans Rodolfo, Maubant remplace Provost dans Homodei. Les deux sœurs Félix jouent respectivement Catarina (Rebecca) et la Tisbé (Rachel).
- 21 maiDiscours de Hugo sur le suffrage universel.
- 9 juilletDiscours de Hugo sur la liberté de la presse.
- 4 décembreHugo, qui souffre de maux de gorge depuis plusieurs mois, se fait opérer de la luette.
