« 29 avril 1850 » [source : BnF, Mss, NAF 16368, f. 117-118], transcr. Anne Kieffer, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d14833e1829, page consultée le 01 mai 2026.
29 avril [1850], lundi matin, 7 h. ½
Bonjour, mon bien-aimé, bonjour, mon doux adoré, bonjour et bonheur à toi. Quand tu te réveilleras je serai probablement bien près d’aller à Saint-Mandé1 . Cependant je me suis levée plus tard que je ne voulais. Il faudra que je me dépêche bien pour partir de bonne heure, afin d’être revenue assez à temps pour t’accompagner tantôt. C’est si loin et les omnibus s’enmanchent si mal qu’on perd beaucoup de temps. Puis ma visite à M. le curé me retient aussi beaucoup. Enfin j’espère que je serai de retour à temps. Pour cela je vais m’habiller sommairement, faire ta tisanea et déjeuner, c’est encore assez long. Pendant ce temps-là repose-toi, mon petit homme, car tu as dû te coucher tard hier si j’en juge par les personnes qui arrivaient chez toi au moment où je rentrais me coucher. Pense à moi, mon bien-aimé, afin que je sois moins seule au monde et que ma vie soit moins lourde à porter. Si je ne t’avais pas, mon pauvre adoré, il y a longtemps que j’aurais laissé là ce fardeau. Mais la pensée que tu m’aimes un peu me donne des forces et du courage. Bonjour, adoré, bonjour, que le bon Dieu te bénisse ainsi que tous les tiens qui sont aussi les miens par le cœur et le dévouement que je leur porte.
Juliette
1 La fille de Juliette Drouet, Claire Pradier, morte quatre ans plus tôt, est enterrée à Saint-Mandé.
a « tisanne ».
« 29 avril 1850 » [source : BnF, Mss, NAF 16368, f. 119-120], transcr. Anne Kieffer, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d14833e1829, page consultée le 01 mai 2026.
29 avril [1850], lundi après-midi, 3 h.
Je t’ai manqué d’un quart d’heure, mon cher bien-aimé, cela devait être d’après l’éternelle loi de déception qui me frappe dans ce que j’aime le plus au monde. Cependant je m’étais bien dépêchée, j’avais un peu brusqué ma visite chez M. le curé dans l’espoir d’arriver assez tôt, tout cela ne m’a servi de rien puisque tu m’as devancée de quelques minutes. Suzanne m’a bien assuré que tu avais promis de revenir en sortant de l’Assemblée. Dieu veuille qu’il ne survienne pas quelque empêchement d’ici là. Le pauvre curé a enfin abordé aujourd’hui la question de ton discours dont il est au désespoir pour l’affection, l’admiration qu’il te porte, et pour le tort que tu fais à la religion et à toi-même 1 . Je lui ai expliqué de mon mieux qu’il était dans l’erreur pour ces deux dernières choses et que tu rendais au contraire un immense service à la religion en restant ce que tu as toujours été : l’homme le plus dévoué, le plus religieux, le plus désintéressé et le plus courageux de tous les hommes politiques. Je ne sais pas si je l’ai convaincu de cette grosse vérité mais quant à moi j’étais bien heureuse et bien fière de confesser tout haut ma foi à ton sublime et divin génie. C’est l’hommage du ciron 2 à Dieu, mais pour Dieu il n’y a pas d’infiniment petit quand ce petit comprend et adore son immensité dans sa microscopique intelligence.
Juliette
1 Juliette Drouet défend la position de Victor Hugo, qui dans son discours sur la liberté de l’enseignement, s’oppose au projet du comte de Falloux, qui vise à établir le monopole du clergé sur l’enseignement. Partisan d’un équilibre entre l’enseignement religieux et l’enseignement universitaire, Victor Hugo s’oppose fermement aux membres du parti catholique. (« La liberté de l’enseignement », dans Victor Hugo, Politiques, dans Œuvres complètes, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », p. 217.)
2 Tout petit insecte, évoqué par Pascal pour opposer l’infiniment petit à l’infiniment grand.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo compose de nombreux dessins dans l’atelier qu’il a installé chez elle
- 15 janvierDiscours de Hugo sur la liberté de l’enseignement.
- 5 avrilDiscours de Hugo contre la déportation.
- 18 maiAngelo tyran de Padoue est repris pour 14 représentations et 5 en 1851. La distribution est la suivante : Beauvallet est toujours Angelo, Maillart remplace Geffroy dans Rodolfo, Maubant remplace Provost dans Homodei. Les deux sœurs Félix jouent respectivement Catarina (Rebecca) et la Tisbé (Rachel).
- 21 maiDiscours de Hugo sur le suffrage universel.
- 9 juilletDiscours de Hugo sur la liberté de la presse.
- 4 décembreHugo, qui souffre de maux de gorge depuis plusieurs mois, se fait opérer de la luette.
