« 18 avril 1850 » [source : Collection particulière / MLM Paris 64578 0001/0003], transcr. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d14833e1124, page consultée le 01 mai 2026.
18 avril [1850], jeudi matin 8 h.
Bonjour, mon Toto, bonjour, mon petit homme, bonjour mon très aimé. Comment allez-vous aujourd’hui ? Moi je suis toujours épanouie et en boutons, hélas1 ! J’aurais besoin que vous décidiez si je ne ferais pas mieux de m’adresser tout bonnement au père Triger. Après cela je sais que je ne peux pas guérir tout de suite, pas plus avec lui qu’avec d’autres, à moins de compromettre gravement ma santé. Si j’avais plus de confiance dans cette endormie 2 je ne me tourmenterais pas autant sur le résultat. Voilà sur quoi je voudrais que vous exerçassiez, Dieu quel imparfait, votre influence. Si vous me dites d’avoir : confiance, confiance, confiance, j’en aurai, sinon je prendrai avec défiance tout ce que m’ordonnera la susdite pionceuse. C’est à vous de voir si vous voulez employera votre fluide magnétique à me donner la confiance que je n’ai pas. En attendant, je m’ingurgite un tas d’immondices plus révoltants les unes que les autres et je me frotte de toutes sortes de choses suspectes et désagréables. Mon Dieu quand donc n’aurai-je plus à vous parler gale, lèpre, teigne et autres infirmités dégoûtantes dont mes gribouillis sont pleins depuis un bout jusqu’à l’autre surtout depuis deux mois ? Il serait bientôt temps que cela finisse pour m’ôter le prétexte de ce bulletin peu anacréontique. À propos d’Anacréon, je voudrais bien savoir pourquoi vous êtes allé ouvrir votre robinet de représentant hier à une lieue de moi ? Cette pudeur me semble un peu exagérée en République et peu s’en est fallu que j’aille vous rejoindre dans cette vespasienne afin de vous demander raison de votre précipitation à vous éloigner de moi mais l’omnibus s’est mis en travers ; force m’a été de remettre mes explications à aujourd’hui ; nous verrons ce que vous aurez à dire pour votre justification. Je serai très difficile à contenter je vous préviens d’avance.
Juliette
1 Juliette est atteinte de la gale à cette époque.
2 Elle songe à consulter une somnambule.
a « emploier ».
« 18 avril 1850 » [source : Collection particulière / MLM Paris 64578 0004/0006], transcr. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d14833e1124, page consultée le 01 mai 2026.
18 avril [1850], jeudi, midi ½
Aujourd’hui, jour d’Académie, j’espère que vous viendrez plus tôt, mon petit homme ? Cependant je n’ose pas m’y fier car je sais par expérience que vous ne vous gênez pas avecces vieilles ganaches académiques, vos illustres confrères. D’un autre côté, mon amour, je suis forcée, cette fois le mot est juste, de dîner chez ma marquise parce que depuis hier Suzanne y fait le service en attendant qu’elle ait remplacé la bonne qu’elle a chassée hier à cause d’une saoulerie sterling dont elle s’était culottée 1 en récidive. Tu vois, mon pauvre bien-aimé, qu’il m’est impossible de faire accepter le service momentané de Suzanne sans y aller dîner car alors on ne l’accepterait pas. Cependant comme je ne me gêne pas autrement avec ma marquise, si tu penses pouvoir revenir en sortant de la chambre je viendrai t’attendre à la maison tout de suite après dîner. Si tu dois revenir après ton dîner, rien ne m’est plus facile et ne me sera plus agréable. Enfin, mon adoré, à part la nécessité de dîner chez ma marquise 2, rien ne te gêne pour aller et venir chez moi. Je t’y attendrai à l’heure que tu voudras et comme tu voudras. Du reste ce n’est pas la seule raison qui nous ait empêchés hier d’aller au Selam3 car Montferrier n’a pris que le temps de dîner pour aller à Sa réunion électorale. Il paraissait fort affairé. Il m’a demandé, entre deux coups de dents, ce que tu pensais de la nouvelle candidature Leclerc 4 . Je lui ai dit que je n’en savais rien, que tu dédaignais, à tort, ma POLITIQUE et que je te faisais rarement l’honneur de t’en entretenir, en quoi il m’a approuvée complètementa. Voilà, mon amour, ce que je suis obligée d’avouer à la face de Dieu des hommes et des marquis. Maintenant baisez-moi et ne vous faites pas trop longtemps attendre.
Juliette
1 Culotte : festin, beuverie.
2 Mme de Montferrier.
3 À élucider.
4 Alexandre Leclerc, candidat à la députation, sera battu par Eugène Sue aux élections du 28 avril 1850.
a « complettement ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo compose de nombreux dessins dans l’atelier qu’il a installé chez elle
- 15 janvierDiscours de Hugo sur la liberté de l’enseignement.
- 5 avrilDiscours de Hugo contre la déportation.
- 18 maiAngelo tyran de Padoue est repris pour 14 représentations et 5 en 1851. La distribution est la suivante : Beauvallet est toujours Angelo, Maillart remplace Geffroy dans Rodolfo, Maubant remplace Provost dans Homodei. Les deux sœurs Félix jouent respectivement Catarina (Rebecca) et la Tisbé (Rachel).
- 21 maiDiscours de Hugo sur le suffrage universel.
- 9 juilletDiscours de Hugo sur la liberté de la presse.
- 4 décembreHugo, qui souffre de maux de gorge depuis plusieurs mois, se fait opérer de la luette.
