« 19 janvier 1865 » [source : BnF, Mss, NAF 16386, f. 17], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d14749e931, page consultée le 02 mai 2026.
Guernesey, 19 janvier [18]65, jeudi matin, 7 h. ¼
Bonjour, mon [pauvre ?] bien-aimé, bonjour, comment va ta gorge ce matin ? Je n’ose pas te demander si tu as passé une bonne nuit après la triste secousse que tu as euea par ma faute hier au soir. Tu n’avais pas mérité ça, mon pauvre adoré, et il n’a fallu rien moins que ce stupide double malentendub dont je n’ai pas eu l’ [initiative ?] pour créer cet incident malheureux [illis.] notre soirée. Je fais plus que le regretter, je le [déplore ?], je le déteste, je voudrais pour tout au monde qu’il n’ait pas eu lieu. Je crains que tu n’en ressentesc le mauvais effet ce matin dans ta santé et dans ton pauvre cœur tant éprouvé. Je voudrais pour tout au monde que cette pénible journée fut passée car je redoute pour toi l’émotion de cet enterrement. Sans compter l’état des chemins et celui du ciel qui n’est rien moins que rassurant ce matin. Peut-être se raffermira-t-il tantôt, je le désire plus que je n’ose l’espérer. Enfin, mon pauvre bien-aimé, si je t’ai fait du mal, pardonne-le-moi et plains-moi car j’en souffre plus que toi. J’ai le cœur navré, je me hais, je voudrais pouvoir me fuir, j’ai la tête folle. C’est à peine si je vois ce que je t’écris tant j’ai mal aux yeux. Quand je pense que tu n’as probablement pas dormi, que tu as mal à la gorge et qu’il va falloir tantôt que tu parles à voix haute sur la tombe de cette pauvre enfant1, mon inquiétude est à son comble. Je ne sais que devenir et que faire. Je prie, je t’aime, je souffre et je n’ai pas d’autre pensée. Mon bien-aimé, pardonne-moi et aime-moi, je t’aime et je ne veux pas que tu sois jamais malheureux. Je t’adore.
J.
1 Victor Hugo prononce l’éloge funèbre d’Émily de Putron au cimetière du Foulon.
a « la triste secousse que tu as eu ».
b « mal entendu ».
c « tu n’en ressente ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
François-Victor Hugo achève son édition des Œuvres complètes de Shakespeare, perd sa fiancée et fuit Guernesey. Son frère Charles se marie. Juliette et Hugo font un long voyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.
- 14 janvierMort d’Emily de Putron, fiancée de François-Victor.
- 28 juin-30 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.
- 17 et 18 octobreMariage de Charles Hugo et Alice Lehaene.
- 25 octobreChansons des rues et des bois.
