« 18 janvier 1865 » [source : BnF, Mss, NAF 16386, f. 16], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d14749e859, page consultée le 02 mai 2026.
Guernesey, 18 janvier [18]65, mercredi matin, 7 h. ¾
Bonjour, à toi, mon doux adoré, bonjour à tes partants, bonjour à tous ceux que tu aimes, à tous ceux qui souffrent et que tu plains. Je vois que tu es déjà levé et peut-être depuis longtemps car tu n’as pas dû dormir beaucoup avec toutes les préoccupations qui t’agitent. Il est temps, mon Dieu, que tout se calme et s’apaise autour de toi, car ta santé finirait par s’en ressentir. Je voudrais que la triste journée de demain fut passée1 et puis après que tu reçoivesa de bonnes nouvelles de ta femme et de ton fils pour que tu puisses travailler sans trop de fatigue et vivre à côté de moi aussi tranquille et aussi heureux queb tu peux l’être loin de ta famille.
La mer me paraît tout à fait calme ce matin. Le vent a tout à fait cessé ce qui fait espérer une bonne traversée pour tes deux chers voyageurs2. J’espère qu’il ne se démentira pas avant leur arrivée à Bruxelles. En attendant je t’aime et je les aime du meilleur de mon cœur. Soyez bénis, tous, je vous aime.
J’ai fini par dormir cette nuit, il y avait longtemps que je n’avais eu une aussi bonne nuit que celle-ci. Je te le dis parce que tu as la bonté de t’occuper de ce détail même à travers tes soucis les plus tristes et les plus sérieux. J’ai dormi, dormi, dormi toute la nuit et quand je me suis levée, ton signal était déjà accroché, ce qui me fait craindre que tu n’aies passé une mauvaise nuit, car il y a une mesure que je connais, pour ce cher signal. Il faut, pour qu’il signifie : BONNE NUIT, qu’il n’apparaisse ni trop tôt, ni trop tard. Tu vois que j’en ai fait unec étude approfondie et que je ne dois pas me tromper souvent dans mes appréciations ; mais pour cette fois je désire me tromper et même pour toutes les autres foisd où je croirai que tu as mal dormi. Je pense, mon adoré, que si tu voulais me donner la première copie de Mme Chenay je pourrais copier moi-même d’après elle. De cette façon tu pourrais avoir autant de copies qu’il t’en faudra sans donner trop de fatigue à ta petite belle-sœur. C’est ce que je compte te demander tantôt quand tu viendras baigner tes chers yeux. D’ici là, je vais faire ton café et m’occuper de notre petit dîner de ce soir3. Je t’aime, je t’aime, je t’aime, je t’aime, je t’aime.
1 L’enterrement d’Émily de Putron a lieu le 19 janvier 1865.
2 Charles et Adèle Hugo quittent l’île à 10 h. ce jour. « 10 h. le packet s’éloigne ». (CFL, p. 1482).
3 Victor Hugo écrit ce jour dans son agenda : « Dès aujourd’hui […], nous reprenons, Mme Chenay et moi nos habitudes chez Mme Drouet, qui nous prend en pension ». (CFL, p. 1482).
a « que tu recevoives ».
b « que que ».
c « une une ».
d « pour toutes les autrefois ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
François-Victor Hugo achève son édition des Œuvres complètes de Shakespeare, perd sa fiancée et fuit Guernesey. Son frère Charles se marie. Juliette et Hugo font un long voyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.
- 14 janvierMort d’Emily de Putron, fiancée de François-Victor.
- 28 juin-30 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.
- 17 et 18 octobreMariage de Charles Hugo et Alice Lehaene.
- 25 octobreChansons des rues et des bois.
