« 7 juin 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 109-110], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d13499e321, page consultée le 05 mai 2026.
Jersey,7 juin 1853, mardi matin, 8 h.
Bonjour, mon cher petit homme, bonjour, soleil et amour, bonjour. J’aurais bien envie d’être triste et malheureuse, ce matin, mais le beau temps qu’il fait au ciel, les beaux arbres qui poussent sous ma fenêtre et les cris joyeux des petits oiseaux qui passent dans l’air m’en empêchent. Il faut absolument et quel quea soit l’état particulier de mon âme que je sois GEAIE, que je vous PORTE et que je vous SOURIE. C’est assez lugubre mais c’est comme cela ainsi le veulent la bonne nature et le bon Dieu. Quant à ce gribouillis qui se rencontre sous ma plume, il vient de vos propres élucubrations. Voilà comme je les arrange. Ça vous fait ça vous regarde, INJUSTE. Et mes 83 fr., c’est comme cela que vous me les donnez ? Comme c’est spirituel de votre part et de la mienne. Mais c’est reculer pour mieux sauter, soyez tranquille. Tantôt, je vous ferai franchir le fameux bondb de 83 fr., hop-là ! En attendant il faut que je porte le petit portrait à ces pauvres gens, ce que je n’ai pas pu faire hier, tant j’étais encore malingre et frileuse1. Et puis je recule toujours devant les nouvelles connaissances. Enfin je prendrai mon courage à deux mains tantôt car la circonstance l’exige. Mais tu serais bien gentil de venir d’ici-là me donner un peu de vraie joie et de vrai bonheur
Juliette
1 Les Allaire, proscrits français, ont perdu leur enfant, dont Charles Hugo a photographié pour eux la dépouille.
a « quelque ».
b « bon ».
« 7 juin 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 111-112], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d13499e321, page consultée le 05 mai 2026.
Jersey,7 juin 1853, mardi après-midi, 1 h. ½
Je reviens de chez ces pauvres affligés, mon cher petit homme, et j’ai fait ta commission de mon mieux en leur offrant plusieurs épreuves du portrait de leur enfant. Autant que j’ai pu en juger à travers leurs larmes et leur profond chagrin, celui que je leur ai porté ne les satisfait pas entièrement. Il paraît que depuis la mort l’aspect de ce pauvre petit être a complètement changé et qu’il ne ressemble plus à lui-même, en santé, que ce portrait fait pendant l’agonie. Cela n’est pas impossible mais je ne leur ai pas offert, et ilsa ne me l’ont pas demandé non plus, d’en faire un nouveau. Il est bon de ménager ce pauvre Charles, surtout pour des choses toujours très tristes, même quand elles vous sont indifférentes. Du reste, j’ai reconnu avec plaisir que la pauvre femme n’avait pas parlé de Paris, en racontant à Suzanne les pertes qu’ils avaient faites depuis le 2 décembre, car la chose s’est passéeb à Londres. J’avoue que j’ai su bon gré à cette pauvre femme de m’avoir raffermiec dans la bonne opinion que j’ai d’elle, surtout dans le moment où le malheur la rend digne de tout intérêt. Quant à son mari, il pleure sincèrement son enfant, c’est tout ce qu’on peut voir dans ce moment-ci. Il m’a dit que tu avais fait demander à quelle heure on enterrait le pauvre petit être demain ; et il a ajouté que dans le cas où tu pourrais assister, ce serait le matin à 11 h. ¼. Je n’ai fait aucune réflexion à ce désir exprimé, ne sachant pas du tout ce qu’il te convenait de faire. Mais de toi à moi, cela me paraît presque impossible. Du reste, je ne veux pas t’influencer d’aucune manière, mon pauvre adoré, si tant est que je puisse t’influencer. Fais ce que tu voudras demain et toujours. Tout ce que tu fais est généreux, grand, noble et admirable, et je t’adore dans tout ce que tu fais.
Juliette
a « il ».
b « passé ».
c « raffermi ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.
- 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
- 21 novembreChâtiments.
