22 août 1874

« 22 août 1874 » [source : MLM], transcr. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d12748e923, page consultée le 01 mai 2026.

XML

Cher bien-aimé, je te rends aujourd’hui toutes les tendresses que je n’ai pas pu te donner hier pour t’épargner l’ennui de l’inextricable tristesse dont elles étaient mêlées. Bien souvent, sans le vouloir et sans t’en douter, tu me rudoies sans raison et sans pitié pour le ralentissement fatalement naturel de mon âge, croyant stimuler mon activité et mon courage et tu ne parviens qu’à m’affliger et à me décourager en me forçant à m’avouer à moi-même que tous les efforts que je fais pour te plaire et pour te servir sont inutiles. Par goût et par habitude, et par-dessus tout par amour pour toi, j’ai vécu près de quarante ans dans la retraite et la solitude, ne m’occupant qu’à t’aimer et ne me préoccupanta que d’être aimée par toi avec toute l’activité de mon cœur et de mon âme et c’était le bonheur. Je suis arrivée ainsi, et bientôt aux dernières limites de l’âge, mal préparée pour la vie mondaine que tu as reprise à nouveau avec le même entrain et avec le même plaisir qu’autrefois ; parce que tu es, comme autrefois, et plus qu’autrefois, le point de mireb de toutes les admirations et de toutes les adorations, parce que ce qui me fatigue et me tue t’électrise et te fait revivre en te retrempant dans tous tes succès de jeunesse mais ce miracle de force physique et ce prodigieux déploiement de génie dont tu fais si généreusement tous les frais ne peuvent pas m’être comptésc et je reste vieille femme et incapable comme devant et de plus en plus. Maintenant si tu y ajoutes ton mécontentement que veux-tu que je devienne ? une pauvre désespérée comme je l’étais hier matin, qui n’aspire qu’à l’éternel repos du corps et du cœur. Voilà, mon pauvre bien-aimé, pourquoi je ne t’ai pas écrit hier tout en t’adorant plus que jamais.


Notes manuscriptologiques

a « préocupant ».

b « mirre ».

c « compté ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

ils emménagent rue de Clichy. Elle ignore que la liaison avec Blanche, qui n’est plus à leur service, continue.

  • 19 févrierQuatrevingt-treize.
  • 29 avrilIls emménagent 21 rue de Clichy.
  • OctobreMes fils.