« 16 juillet 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 210-211], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d12445e777, page consultée le 01 mai 2026.
Jersey, 16 juillet 1853, samedi après-midi, 1 h. ½
Eh ! bien, mon cher petit marsouin, avez-vous fait votre petite planche et tiré votre coup ce matin avec vos jeunes phoques en robe de chambre ? Quant à moi, je plongeais dans l’onde amère ce matin, en vue de votre caverne sus-marine et je ne vous ai pas aperçu. Cela tient à vos habitudes matinales, ce qui ne vous empêche pas de BLAGUER les modestes baignardes comme moi. Heureusement que vous n’êtes pas tellement couvert d’écailles qu’on ne puisse pas trouver votre endroit sensible et mesurer la profondeur de vos brassées. Merci bien. J’ai bien connu un caniche en plomb qui nageait aussi bien que vous. Après cela il avait la vocation comme vous, c’est tout dire. Voime, voime. Du reste, mon cher petit cachalot, je me félicite de plus en plus de ces petites trempées quotidiennes. Je crois que cela me fait du bien. Demain, dimanche, aucun moyen de se livrer à cet exercice nautique. La sacrée loi du Seigneur s’y oppose absolument. Tant pis si votre vie en dépend, cela ne le regarde pas, ce brave Père éternel. Pourvu qu’on n’attente pas à ses jours il s’en fiche, telle est son immensité. Chacun pour soi et Dieu pour lui tout seul, telle est la morale. En attendant je ne serais pas fâchée de vous dire deux baisers à l’oreille et, par avance, je vous envoie deux millions au-devant de vous.
Juliette
« 16 juillet 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 212-213], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d12445e777, page consultée le 01 mai 2026.
Jersey, 16 juillet 1853, samedi après-midi, 1 h. ¾
ET TOUJOURS DE LA PLUIE ! Le fait est qu’il n’y a aucun moyen de s’en garantir que celui du célèbre Gribouille1. Mais ce moyen même finit par devenir monotone et un peu de désert de Sahara ne serait pas à dédaigner pour se ressuyer de ce marécage perpétuel. D’abord cela varierait mes élucubrations du mouillé au sec et du torride au glacial. Cette ressource m’étant refusée, je continue de barbotera dans ma stupidité en collaboration avec le baromètre. Dans ce moment-ci on taille la vigne de mes fenêtres et je m’aperçois que le bonhomme chargé de cette opération coupe tout, branches gourmandes et branches à fruits. C’est un véritable massacre des innocents2. Après cela ce n’est pas autrement regrettableb car il n’y a guère de chance que ces pauvres grappes puissent se nouer même. Et puis, cela me donne un peu de jour, ce qui n’est pas à dédaigner par ce temps de ténèbres.
1 Gribouille : personne naïve et stupide qui se jette dans les ennuis qu’elle voulait éviter.
2 Massacre des innocents : épisode biblique où le roi Hérode ordonne peu de temps après la naissance de Jésus le meurtre de tous les enfants de deux ans et moins.
a « barbotter »
b « regrétable »
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.
- 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
- 21 novembreChâtiments.
