1 janvier 1867

« 1 janvier 1867 » [source : BnF, Mss, NAF 16388, f. 1], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d11896e25, page consultée le 01 mai 2026.

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Cher bien-aimé, ton adorable lettre est faite tout entière de ma pensée, de mon cœur et de mon âme. Tout ce que tu dis, je le répète, tout ce que tu éprouves, je le sens, tout ce que tu désires, je le veux, tout ce que tu espères, je le crois. Ton amour c’est ma foi en Dieu et mon amour pour toi ma prière ardente de tous les instants. Traducteur sublime de mon moi intérieur, tu écris en lettres de feu l’hymne sacréa que mon âme chante tout bas. Merci pour elle[Paul Souchon et Jean Gaudon lisent : « Merci pour lui… ».] et sois béni dans l’accomplissement de tous tes vœux qui sont les miens. Hier au soir j’ai prié bien longtemps et ce matin aussi et j’ai chargé ta fille et la mienne de porter à Dieu ce plus pur encens de mon cœur. J’attendais avec bien de l’impatience, non pas que le jour fût venu, mais que l’heure possible de réveiller Suzanne fût arrivée[Paul Souchon et Jean Gaudon arrêtent ici la transcription et reprennent ainsi : « Depuis six heures et demie, j’épelle… ».]. Enfin, à six heures et demie, n’y tenant plus, je me suis levée pour l’appeler et depuis ce moment-là, j’épelleb mot à mot cette lettre adorable que je savais d’avance par cœur pour avoir la joie sainte de suivre les traces de mon propre amour dans le tien et de baiser avec dévotion cette lettre tabernacle qui contient Dieu, notre passé, notre présent, notre avenir et notre éternité. J’avais espéré avoir le bonheur de te voir ce matin mais tu as passé sur ton toit si vite que je n’ai pas eu le temps de te saisir au passage[Paul Souchon et Jean Gaudon arrêtent ici la transcription.]. J’espère que tu as passé une vraie bonne nuit comme tu t’y étais engagé hier au soir en me quittant. Quant à moi, j’ai très peu mais très bien dormi et je me porte on ne peut pas mieux ce matin.

J’ai remis à nos servantes tes étrennes et les miennes. Elles en sont dans le ravissement, Mary1 surtout, dont c’est la première aubaine de ce genre dans sa vie. J’espère que de toutes ces joies créées par toi, Dieu te fera une bonne petite part de bonheur. J’espère encore que tu recevras de bonnes nouvelles de tous tes chers tiens aujourd’hui et que rien de triste ne pèsera sur cette journée commencée par l’amour et par la prière. Je baise tes chers petits pieds et je m’abrite sous tes grandes ailes d’archange.


Notes

1 Mary Falla.

Notes manuscriptologiques

a « l’hyme sacrée ».

b « j’épèle ».


« 1 janvier 1867 » [source : BnF, Mss, NAF 16388, f. 2], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d11896e25, page consultée le 01 mai 2026.

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Je m’indulge1 d’une double restitus, mon cher doux adoré, en l’honneur de ma chère petite lettre d’étrenne. Pardonne-moi cet excès de pattes de mouche essayant d’emboîter le pas derrière les deux sublimes petites pattes misérables de ta fourmi[Paul Souchon et Jean Gandon ne transcrivent pas cette phrase.].

Je voudrais être toi pour te parler de moi. Tout ce que tu dis si admirablement devient inintelligible quand j’essaie de bégayer les mêmes choses. Je le sais et pourtant j’y reviens sans cesse parce que c’est le besoin impérieux de mon cœur. Je suis si heureuse depuis ce matin que je ne peux pas m’en taire. Il faut que je dise mon bonheur à tout ce qui m’entoure, à ton cher petit buste, d’abord, à celui de ma petite Claire, à tes portraits Maes2, grand et petit, à tes doux cheveux, à toutes mes précieuses reliques. Je baise tout des lèvres, des yeux, de la voix et de l’âme. Je suis tout en fête comme au plus beau temps de notre jeune amour, jusqu’à mon costume que j’ai renouvelé[« j’ai renouvellé ». Paul Souchon et Jean Gaudon arrêtent ici la transcription.].

Ah ! voici M. Corbin. Je monte le recevoir puis je reviens tout de suite. Me revoici. C’est à ton tour maintenant à recevoir cet excellent docteur car il m’a dit qu’il tenait à honneur de te présenter ses respectueux compliments aujourd’hui même. J’espère pour lui qu’il te trouvera.

Il paraît que Marie3 avait oublié de faire apporter chez moi une des plus grandes caissesa de ton envoi SPIKALY ou Spartalib4. Elle l’a apportée tantôt et je l’ai faite ouvrirc séance tenante pour savoir ce qu’elle contenait. Il s’est trouvé que c’était du raisin de Corinthe pour les puddingsd. Voilà ta provision de fruits secse faite pour quelque temps. À propos, aucun poulet au marché au grand désespoir de Marie5. Ce que voyant, j’ai dit à Suzanne de lui en céder deux de la basse-cour, ce qu’elle a fait de très bonne grâce. Puisque nous sommes au poulailler, je n’en sortirai pas sans te rapporter un charmant petit œuf pondu tout à l’heure à l’intention de ton premier déjeuner demain matin, avec amour par-dessus le marché.


Notes

1 Néologisme formé sur l’anglais.

2 Le 16 septembre 1862, lors du banquet des Misérables, Joseph Maes réalise un portait de Victor Hugo tiré à quatre-vingts exemplaires.

3 S’agit-il de Marie Sixty ou de Marie-Jeanne Tatton. La logique voudrait que ce soit Marie Sixty qui apporte à Juliette un colis reçu chez Victor Hugo. À élucider.

4 VH note dans son carnet le 31 décembre 1866 : « 10 caisses de boîtes de conserves d’Orient envoyées par M. Spartali, consul général de Grèce à Londres ».

5 S’agit-il de Marie Sixty ou de Marie-Jeanne Tatton. Il semblerait qu’il s’agisse de Marie Sixty, au service de VH, puisque Suzanne, au service de JD lui donne des poulets de Hauteville II. À élucider.

Notes manuscriptologiques

a « une des plus grandes caisse ».

b « Spartaly ».

c « je l’ai fait ouvrir ».

d « les pudings ».

e « fruits sec ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

Hugo est grand-père pour la première fois (l’enfant mourra en bas âge). Ils voyagent en Belgique et en Zélande.

  • 31 marsNaissance de Georges, fils de Charles Hugo et de sa femme Alice.
  • 20 juinReprise d’Hernani au Théâtre-Français.
  • 17 juillet-14 octobreVoyage en Belgique et en Zélande.