17 février 1876

« 17 février 1876 » [source : BnF, Mss, NAF 16397, f. 50], transcr. Erminie Baudry, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d11194e654, page consultée le 01 mai 2026.

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Cher bien-aimé, c’est encore fête aujourd’hui pour moi qui viensa de prendre de la joie et du bonheur dans mon cher livre rouge ; et ce sera toujours ainsi chaque fois que je le lirai avec tout mon cœur et avec toute mon âme comme je l’ai fait ce matin1. Comment t’en es-tu tiré avec le pauvre Deschanel tout à l’heure ? Hélas ! Je crains que sa situation ne soit tout à fait désespérée à l’heure qu’il est et que, malgré ta toute puissance et ta profonde bonté, il ne soit trop tard à cause du peu de temps qu’il y a d’ici à dimanche. Il lui restera l’honneur immense d’avoir été soutenu par toi quand tout le monde l’abandonnait et cela suffira de reste pour être élu à la prochaine élection qu’il tentera. En attendant, Mme Adam m’écrit qu’elle ne viendra pas ce soir, son mari étant parti pour Nice avec Gambetta qui va marier sa sœur. J’ai le regret de n’être pas suffisamment sensible à cette déception et d’avoir le tort hideux de m’en réjouir en pensant que nous remplacerons les deux époux ce soir à notre table avec Petit Georges et avec Petite Jeanne. Tant pire si ce sentiment de pur égoïsme choque vos susceptibilités extra hospitalières mais je n’y peux pas que faire. Mariette n’a pas su me dire si tu avais bien passé la nuit. Je sais seulement qu’elle t’a trouvé au lit travaillant à poings fermésb ! J’espère que c’est bon signe et j’en suis bien heureuse. Quant à moi, je t’adore, voilà le fond et le tréfondsc de ma vie.


Notes

1 Hugo lui a écrit la veille, pour l’anniversaire de leur première nuit (16-17 février 1833), ce mot qu’elle a glissé dans le livre rouge qui contient la collection des lettres de l’anniversaire : « Que sont les années pour l’amour ? À la fois des minutes, et des siècles ; des minutes, parce qu’elle passe comme l’éclair, dans la douceur, de s’aimer, des siècles, parce que chacune d’elles fonde en nous l’éternité de bonheur qui succédera à la vie. Cet éternel bonheur d’aimer, je l’espère, ma bien adorée, quand les ombres de cette vie terrestre se seront évanouies, quand nous serons en pleine lumière divine, quand nous vivrons l’un par l’autre, l’un dans l’autre, âme dans âme, entourés de tous nos anges. Alors, s’effacera tout ce qui n’est pas clarté et beauté, et il ne restera que l’amour. En attendant, ma bien- aimée, je me mets sous tes ailes, et je te mets sous les ailes de nos anges. Aimons-nous à jamais, tout est là, s’aimer ! »

Notes manuscriptologiques

a « vient ».

b « poing fermé ».

c « tréfond ».

Cette année-là…
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Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

Hugo, élu sénateur, préside l’Union républicaine (qui siège à l’extrême-gauche du Sénat).

  • 30 janvierHugo est élu sénateur de la Seine.
  • 4 aoûtHugo nommé président de l’Union républicaine (extrême-gauche du Sénat).
  • 23 novembreMort de son frère Amand (né en 1803), dont Juliette a perdu la trace depuis leur séparation précoce à la mort de leur mère.