16 juillet 1875

« 16 juillet 1875 » [source : BnF, Mss, NAF 16396, f. 183], transcr. Véronique Heute, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d11025e533, page consultée le 05 août 2026.

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Avant de te donner ma restitus, mon grand bien-aimé, j’ai voulu savoir ce que Le Rappel1 disait de la séance d’hier afin de me rendre compte si le danger d’un autre coup d’état bonapartiste2 est aussi imminent que paraissait le craindre Lockroy. Mais cela ne résulte pas du long article de Gaulier ni du compte rendu de Pelletan qui tous les deux font bonne contenance3. Quant à Vacquerie et à Lockroy pas une ligne… signée. Il résulte pour moi, ignorante laïque de la politique, qu’il n’y a pas encore péril en la République et que cette séance, comme beaucoup de ses devancières, a fait plus de bruit que de besogne : telle est mon impression. J’espérais que tu aurais affaire dans ton cabinet ce matin et que j’aurais le bonheur de te voir avant le déjeuner. Mais je crains de n’avoir pas cette heureuse chance aujourd’hui, ce qui ne m’empêche pas de continuer à le désirer de toute mon âme qui t’adore.


Notes

1 Le Rappel : « Fondé en 1869 par l’entourage de Victor Hugo, Le Rappel rencontre rapidement un grand succès parmi un public d’étudiants, d’ouvriers et d’artisans. Républicain et fortement anticlérical, le journal se caractérise par son radicalisme et son ton tranché. Dans les années 1880, la concurrence de La Lanterne, La Marseillaise ou La Justice diminue son influence. » (Gallica).

2 Le 24 mai 1874, le baron de Bourgoing, ancien écuyer de Napoléon III, a été élu dans un fief républicain avec cinq mille voix d’avance sur son principal adversaire, le républicain Gudin, au cours d’une élection partielle dans la Nièvre. Lors de la séance du 9 juin 1874, à l’Assemblée, un article de La République de Nevers concernant l’appel du baron de Bourgoing, député bonapartiste dans la circonscription de Nevers, aux anciens militaires pour qu’ils donnent leurs voix aux candidats impérialistes (affaire du papier trouvé dans un wagon provenant d’un comité central de l’Appel au peuple non autorisé) a été lu par le député républicain Cyprien Girerd. L’élection de Bourgoing a été invalidée. Ce n’est que le 2 juillet 1875 que la cause de Bourgoing est discutée à l’Assemblée. Même si les bonapartistes ont eu la confirmation que le document présenté par Girerd était un faux fabriqué par les républicains et les orléanistes, Bourgoing n’a pas regagné son siège de député, l’Assemblée ayant argué qu’il n’avait été élu qu’à une faible majorité.

3 Dans Le Rappel, Alfred Gaulier s’occupe de la rubrique intitulée « Séance » ; Camille Pelletan de la rubrique « Physionomie de la séance ». Ce vendredi 16 juillet 1875, les deux journalistes font un compte rendu de l’intervention d’Eugène Rouher, ancien porte-parole et premier ministre de Napoléon III, surnommé le « vice-empereur », revenu en France en août 1871 avec la mission de réunir les forces bonapartistes et de repartir à la conquête du pouvoir. Il prend la tête du groupe parlementaire de l’Appel au peuple, réclamant une consultation du pays par plébiscite sur le régime souhaité : Royauté, République ou Empire. Suite à la discussion de la cause Bourgoing (voir note 1), Rouher a protesté, lors de la séance du 15 juillet 1875 à l’Assemblée, pendant trois heures, assurant d’abord qu’il n’y avait pas de comité bonapartiste, puis reconnaissant qu’il le présidait. Pendant cette séance, le baron de Bourgoing se trouve dans la tribune des anciens députés. (Le Rappel no 1953, 16 juillet 1875, p. 1).

Cette année-là…
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Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

ils font un bref séjour à Guernesey pour récupérer des affaires.

  • 19-28 avrilSéjour à Guernesey.
  • 4 octobreIls vont sur la tombe de Claire à Saint-Mandé.