« 15 avril 1848 » [source : Collection particulière, MLM, 74330], transcr. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d10895e710, page consultée le 06 août 2026.
15 avril [1848]1, samedi soir, 6 h. ½
Tu t’en vas, mon bien aimé, et tu emportes avec toi toute ma force, toute ma joie, tout mon courage et tout mon bonheur. Je me retrouve seule avec mon rhumatisme, avec mon ennui, avec mon mal de tête et avec le reste… Je ne suis plus qu’une vieille Juju souffreteuse et prenant son papier à l’envers. Tout à l’heure j’étais une femme heureuse faisant de la politique et de l’amour à perte de vue. Autre quart d’heure, autre passe-temps, mais j’aimais mieux celui de tout à l’heure, quoique le plaisir de vous gribouiller mes jérémiades ne me soit pas indifférent au contraire. Je consens et je trouve très sage le projet que tu as sur ta famille mais je ne m’y associe pas autrement. Je veux être partout où tu seras c’est un de mes droits et la force même des BAÏONNETTES ne m’en ferait pas sortir puisque le bon Dieu ne m’a pas laissé d’autre devoir et d’autre affection dans ce monde que de t’aimer et de mourir avec toi c’est bien le moins que je profite de mon indépendance ena faveur de notre amour. D’ailleurs c’est comme cela et toute la République de l’univers n’y pourrait rien. Où tu seras je serai. Où tu es je suis ou du moins aussi près que le permettent les convenances. Taisez-vous et vive la république.
Juliette
1 Indication pour la datation : le cri de « Vive la République » fait préférer 1848 à 1841, que propose aussi le calendrier perpétuel.
a « est ».
« 15 avril 1848 » [source : Collection particulière], transcr. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d10895e710, page consultée le 06 août 2026.
15 avril [1848], samedi soir, 7 h.
Je t’avais demandé crédit, mon petit homme, mais j’avais compté sans mon autre1… Juju, la plus impitoyable et la plus inexorable des créancières. Aussi force m’a été de t’écrire coup sur coup ces deux gribouillis stupides. [illis.] fureur dans les faumes. Je ne vous trouve que trop excusable et au besoin même je vous approuverais. Voime, voime, prends garde de le perdre, scélérat, je ne te conseille pas de tenter l’épreuve deux fois. La bosse de mon front n’est que trop significative et je ne suis pas femme à m’en laisser planter de cette forme indéfiniment. Tenez-vous le pour dit.
Jour Toto, jour mon cher petit o, je ne sais pas quand je vous verrai mais je sais bien quand je désirerais vous voir, ce serait tout de suite. Cela me ferait bien du bien au vente et ailleurs. J’ai des fringales de tendresse comme j’en ai de [faisan ?]. Il faut que je mange beaucoup et que j’aime encore davantage, mon tempérament physiquea et moral l’exige, ça vous fait ça vous regarde, vous n’êtes pas forcé de me lire, tiens, les libertés sont libres et Blanqui est le plus laid des citoyens. Baisez-moi, salut et pas de fraternité.
1 Compter sans son autre : ne pas prévoir le contretemps, la malchance.
a « phisique ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo est élu à l’Assemblée Constituante ; d’abord effrayée par la Révolution, elle porte secours à des victimes de la répression, et déménage cité Rodier.
- FévrierRévolution de Février : Hugo soutient d’abord la cause d’une régence ; refuse la mairie, et le poste de ministre de l’Instruction Publique proposé par Lamartine.
- 4 juinHugo est élu au scrutin complémentaire à l’Assemblée Constituante.
- 24 juinHugo fait partie des 60 commissaires nommés par la Constituante pour rétablir l’ordre.
- 1er juilletLa famille Hugo quitte la place des Vosges pour la rue de l’Isly.
- 11 septembreDiscours de Hugo pour la liberté de la presse.
- 15 septembreDiscours de Hugo contre la peine de mort.
- 15 octobreLa famille Hugo quitte la rue de l’Isly pour la rue de la Tour d’Auvergne.
- NovembreElle s’installe cité Rodier.
- 27 décembreMort de sa nièce Marie-Louise Koch.
