13 avril 1848

« 13 avril 1848 » [source : MVH, 8064], transcr. Anne Kieffer, rév. Michèle Bertaux, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4809, page consultée le 26 janvier 2026.

Tu n’es pas revenu hier au soir, mon doux adoré, et pourtant je t’avais donné huit sous et je ne m’étais pas couchée pour te voir plus en PIED et plus à mon aise. Cependant je ne t’en veux pas, loin de là, je t’aime et je te bénis du fond de mon âme.
J’ai encore passé une bonne nuit, meilleure même que l’autre. Pourtant mon bras n’en est pas plus vaillant ce matin et j’en souffre toujours autant. Cela m’empêchera d’aller te chercher, ce dont j’enrage de grand cœur, mais qu’y faire ? Je craindrais de me mettre en route avec ce stupide bras qui me refuse le service. Quand cela finira-t-il ? Je n’ose plus rien espérer maintenant que mon état d’infirmité et de podagrerie1 se consolide de plus en plus. Je suis triste et découragée et la plaisanterie se fige sur mes lèvres avant d’en être dehors. Je finis par ne pas trouver la chose très drôle. Mais je te rabâche toujours la même chose, ce qui n’est pas le moindre inconvénient de mes maladies. Je m’en aperçois sans pouvoir me retenir, autre supplice, contre lequel ta patience, ta douceur et ton indulgence ne suffisent pas pour me faire pardonner à moi-même mes grognasseries.

Juliette


Notes

1 Juliette Drouet souffre régulièrement de la goutte.


« 13 avril 1848 » [source : MVH, 8065], transcr. Anne Kieffer, rév. Michèle Bertaux, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4809, page consultée le 26 janvier 2026.

Combien je regrette, mon doux bien-aimé, de ne pouvoir pas t’accompagner à l’Institut ou aller te chercher ce soir. Mais je sens que ce serait imprudent de ma part vu l’état douloureux de mon bras de me risquer seule dans les rues et je reste à la maison bien malgré moi et avec de gras soupirs de regrets et de tristesse. Cher adoré, mon amour, mon âme, ma vie, ma joie, je souffre doublement loin de toi et les heures me semblent des mois tant elles sont lourdes et sombres, je voudrais être à ce soir pour te voir. J’espère que je te verrai tout à l’heure mais c’est si peu de temps que je ne peux pas m’en réjouir beaucoup. Quand donc serons-nous réunis une bonne fois pour ne plus nous séparer de longtemps ? Probablement plus jamais en ce monde du moins. Cette pensée me fait désirer d’arriver au plus vite là où nous ne serons plus séparés au risque de priver la République et son gouvernement provisoire de mon admiration et de mon enthousiasme, de mon dévouement et de mon éloquence, de mon patriotisme et de mes conseils. On n’est pas parfait. Baise-moi.

Juliette

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

Hugo est élu à l’Assemblée Constituante ; d’abord effrayée par la Révolution, elle porte secours à des victimes de la répression, et déménage cité Rodier.

  • FévrierRévolution de Février : Hugo soutient d’abord la cause d’une régence ; refuse la mairie, et le poste de ministre de l’Instruction Publique proposé par Lamartine.
  • 4 juinHugo est élu au scrutin complémentaire à l’Assemblée Constituante.
  • 24 juinHugo fait partie des 60 commissaires nommés par la Constituante pour rétablir l’ordre.
  • 1er juilletLa famille Hugo quitte la place des Vosges pour la rue de l’Isly.
  • 11 septembreDiscours de Hugo pour la liberté de la presse.
  • 15 septembreDiscours de Hugo contre la peine de mort.
  • 15 octobreLa famille Hugo quitte la rue de l’Isly pour la rue de la Tour d’Auvergne.
  • NovembreElle s’installe cité Rodier.
  • 27 décembreMort de sa nièce Marie-Louise Koch.