12 janvier 1874

« 12 janvier 1874 » [source : BnF, Mss, NAF 16395, f. 13], transcr. Véronique Heute, rév. Florence Naugrette., in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d10845e763, page consultée le 06 août 2026.

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C’est tout au plus, mon pauvre bien-aimé, si à nous deux nous pouvons fournir le sommeil d’une mauvaise nuit en mettant bout à bout les petits lambeaux que nous en avons arrachés avec peine chacun de notre côté. Enfin nous en voici horte comme des soupes1 la nuit prochaine. J’ai bien regretté en t’entendant tousser si fort d’être entrée dans le complot qui t’a forcé à lire hier soir. Tout le monde, et moi plus que tout le monde, nous désirions tant avoir ce suprême et trop rare bonheur : t’entendre lire tes vers sublimes et bénis, que je n’ai pas pu y résister et que je t’en ai prié avec toute l’indiscrétion de mon désir2. Heureusement que ta toux s’est enfin calmée et que mes remords de conscience ont pu s’apaisera un peu. Une autre foisb je tâcherai de me réfréner, ce qui me sera plus difficile encore qu’à tous ceux qui ont le même besoin que moi de t’admirer. Tu attends ce matin l’AMI Rouillon de ton AMI Lefèvre3. À quelle heure ? Tu ne le sais pas probablement. Dans le doute, je vais me hâter de me débarbouiller pour le recevoir. J’ai déjà fait allumer du feu dans le salon. À ce propos, je crois l’affaire Malher absolument manquée4. C’est Mme Charles qui ne sera pas contente ! Quant à Vacquerie il continue de s’en tordre. Moi je continue d’être celle qui t’adore. Tout est bien.


Notes

1 Cuir : « dormir comme une souche » et « être trempé comme une soupe ».

2 Victor Hugo a écrit la veille : « On m’a demandé quelques vers. J’ai dit Les Exilés, Solitude » (Carnets manuscrits 1874, 11 janvier ; BnF, Mss, NAF 13478, f. 15).

3 Ernest Lefèvre et Pierre-Philibert Rouillon sont partis à Bruxelles le 6 janvier précédent au sujet de l’affaire Berthe Sory, une femme qui a exploité François-Victor (Carnets manuscrits 1874, 6 janvier ; BnF, Mss, NAF 13478, f. 12). Un notaire, M. Segond, a, en effet, communiqué à Victor Hugo au lendemain de la mort de François-Victor « un sous seing privé » que ce dernier aurait fait pour elle (Carnets manuscrits 1873, 29 décembre ; BnF, Mss, NAF 13475, f. 70r). Victor Hugo remet 20 000 francs à Ernest Lefèvre le 16 mars 1874, somme qu’elle exige pour régler l’affaire (Carnets manuscrits 1874, 16 mars ; BnF, Mss, NAF 13478, f. 75r).

4 À élucider.

Notes manuscriptologiques

a « s ’appaiser ».

b « autrefois ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

ils emménagent rue de Clichy. Elle ignore que la liaison avec Blanche, qui n’est plus à leur service, continue.

  • 19 févrierQuatrevingt-treize.
  • 29 avrilIls emménagent 21 rue de Clichy.
  • OctobreMes fils.