« 9 janvier 1874 » [source : BnF, Mss, NAF 16395, f. 10], transcr. Véronique Heute, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d10845e608, page consultée le 07 août 2026.
Paris, 9 janvier [18]74, vendredi matin, 8 h.
J’espérais, mon pauvre bien-aimé, que nous en avions fini pour longtemps avec les tourments et les tristesses de la vie en même temps qu’avec l’année impitoyable qui vient de s’écouler1. Il paraît que je me suis trompée et que sa fatale influence dure encore à en juger par le douloureux épisode d’hier soir. Je voudrais ne pas t’en parler. Cependant j’éprouve le besoin de te remercier des honnêtes, bonnes et tendres paroles que tu m’as ditesa à ce sujetb et qui me rassurent tout à fait sur le fond même de ton cœur. Elles me redonnent confiance en nous quoique je prévoie encore bien des troubles dans notre pauvre petit intérieur béni car il est impossible qu’on ne cherche pas à te voir. Cela est d’autant plus probable que tu es censéc ignorer ce qui s’est passé jusqu’à présent. Pour faire cesser ces poursuites inqualifiables il aurait fallu y opposer toi-même un refus absolu et sans aucun ajournement. Il paraît que tu ne t’en sens pas le courage et c’est ce qui autorise la persistance audacieuse et cynique de cette misérable aventurière2. Cependant, mon adoré, je te le répète, j’ai confiance en ton amour comme au mien, je t’en remercie et je t’adore. Je baise tes pieds avec vénération et je te bénis.
1 D’une part, en juillet 1873, Juliette Drouet soupçonne une liaison entre Victor Hugo et Blanche Lanvin, qui avait été engagée à son service en avril 1872. Elle la renvoie à Paris pour éviter une grave crise avec Victor Hugo. D’autre part, le 19 septembre 1873, Juliette Drouet est allée se réfugier chez ses amis belges, les Berru, à Bruxelles. Elle avait découvert une lettre d’amour adressée à Victor Hugo par une déséquilibrée – dira-t-il –, Amélie Désormeaux, et ne reviendra qu’une semaine plus tard. Enfin, le 26 décembre 1873, François-Victor, pour qui elle avait une réelle affection, meurt des suites d’une tuberculose rénale. Cette année 1873 a été pour Juliette Drouet une « année terrible » (Gérard Pouchain et Robert Sabourin, Juliette Drouet ou « la dépaysée », Paris, Fayard, 1992, p. 364).
2 La veille, Victor Hugo a écrit : « Mlle Léa d’Alma, 103, r. La Fayette, qui m’a écrit des lettres d’amour pour de vrai, et que j’ai refusé de voir, m’écrit qu’elle se tuera demain à 11 h. du matin, si je ne suis pas allé la voir. Au reçu de sa lettre, toutes sortes de pénibles incidents. Je prends le parti de lui faire dire que sa lettre ne m’est pas parvenue. » (Carnets manuscrits 1874, 8 janvier ; BnF, Mss, NAF 13478, f. 13r).
a « dite ».
b « à ce sujet » est en ajout supérieur.
c « sensé ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils emménagent rue de Clichy. Elle ignore que la liaison avec Blanche, qui n’est plus à leur service, continue.
- 19 févrierQuatrevingt-treize.
- 29 avrilIls emménagent 21 rue de Clichy.
- OctobreMes fils.
