1 janvier 1874

« 1 janvier 1874 » [source : BnF, Mss, NAF 16395, f. 1], transcr. Véronique Heute, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d10845e25, page consultée le 06 août 2026.

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Cher bien-aimé, que ton sommeil soit béni comme ton réveil et comme ta vie entière : c’était ma prière hier soir en m’endormant, ça a été ma prière ce matin en ouvrant les yeux, c’est et ce sera jusqu’à mon dernier soupir, mon unique prière à Dieu et à nos chers anges1, nos intermédiaires naturels entre lui et nous.

Je suis bien privée aujourd’hui, mon pauvre bien-aimé, de n’avoir pas eua ma chère petite lettre2 comme d’habitude et cependant je sens une certaine joie de penser que je t’ai épargné ce petit surcroît de fatigue quand tu succombesb sous le faixc des tristesses3 et du travail. Et puis je compte me rattraperd tantôt sur Petit Georges et sur Petite Jeanne, ces deux meilleurs morceaux de ton cœur. En attendant je viens de faire en ton nom trois heureuses : Suzanne, Henriette et la CONCIERGE (lisez portière). Il paraît que la pauvre femme ne s’attendait pas à une aussi grande générosité et c’est avec des larmes dans les yeux qu’elle t’en a fait remercier ainsi que moi4. Il est venu une lettre de Jules Favre, très émue et très touchante. Je te la donnerai dès que tu seras levé. Dans ce moment je m’occupe de faire faire à déjeuner à tout ton cher Petit monde, y compris leur jeune mère, qui est en train de devenir pour toi une tendre et charmante fille5. De mon côté je ne demande que cela et je ne serai pas la moins heureuse de vous tous : Papapa, Petite maman et Petits enfants. Que cette année soit pour vous tous une continuelle bénédiction et pour moi l’adoration perpétuelle de Dieu à travers vous tous.


Notes

1 Léopoldine, François-Victor et Charles, les enfants de Victor Hugo ; Claire Pradier, la fille de Juliette Drouet.

2 Victor Hugo écrit habituellement à Juliette Drouet le 31 décembre pour qu’elle ait la lettre le jour de l’An. Il justifie son envoi au 1er janvier exceptionnellement par : « J’aime mieux t’écrire le premier mot de cette année qui vient que le dernier de l’année qui s’en va. Elle a été bien fatale, hélas, cette année 73 ! » (Lettre de Victor Hugo à Juliette Drouet, 1er janvier 1874 ; CFL, t. XV-XVI/2, p. 581).

3 François-Victor, le quatrième enfant de Victor Hugo, vient de mourir des suites d’une tuberculose rénale le 26 décembre 1873.

4 Les domestiques et le portier du 55, rue Pigalle, où habite Victor Hugo avec Juliette Drouet depuis le 4 octobre 1873, ont reçu des étrennes de la part de Victor Hugo : 20 francs chacun (Carnets manuscrits 1874, 1er janvier ; BnF, Mss, NAF 13478, f. 8r).

5 Victor Hugo écrit : « À midi, Alice m’a amené les petits. Ils ont déjeuné avec moi. Étrennes. Jouets. Bonheur de l’enfance. Doux murmures autour de l’âme triste. » (Ibid., f. 9r).

Notes manuscriptologiques

a « eu » est en ajout supérieur.

b « succombe ».

c « faît ».

d « rattrapper ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

ils emménagent rue de Clichy. Elle ignore que la liaison avec Blanche, qui n’est plus à leur service, continue.

  • 19 févrierQuatrevingt-treize.
  • 29 avrilIls emménagent 21 rue de Clichy.
  • OctobreMes fils.